Anne-Christine Horton, comité de rédaction FICD – www.ficd.ch.ch
TABLE RONDE. Sur invitation du comité de rédaction du bulletin d’information, trois experts de la commission technique de notre fédération ont croisé leurs visions et donné un éclairage sur les voyages de suivi de projets. Reto Gmünder (RG), Jean-Pierre Egger (JPE) et Denis Cattin (DC) ont ainsi échangé sur leurs expériences du terrain et de voyages de suivi de projets.

Pourquoi effectuer une visite de projet ?
DC : tout d’abord, pour affiner ses objectifs, confirmer ses priorités et, si nécessaire, corriger son plan d’action. Ensuite, pour expliquer le fonctionnement de chacun, au Nord comme au Sud, et clarifier les attentes réciproques.
RG : pour renforcer le partenariat, si possible à un moment charnière du déroulement du projet. La présence d’un visiteur permet aussi souvent des rencontres significatives avec des autorités.
JPE : pour vérifier et contrôler l’utilisation des fonds, mais aussi pour rassembler des informations, photos, témoignages pour la recherche de fonds et la communication en Suisse.
Quelles sont les conditions requises pour qu’une visite de suivi de projet soit efficace ?
JPE : prendre le temps de lire les rapports d’activité et de s’informer sur le contexte du projet. Prévoir suffisamment d’espace pour un dialogue au carrefour du « carré des théories de la gestion de projet et du rond de la réalité ».
RG : se renseigner sur les cultures de communication des partenaires. Au Laos par exemple, j’ai appris l’art de la communication indirecte et développé des mécanismes appropriés pour recueillir l’information dont j’avais besoin.
DC : écouter avant de parler. Bien informer le partenaire des objectifs de la visite et des moyens prévus pour les atteindre. Dialoguer d’égal à égal et toujours garder une pointe d’humour.
Qui doit l’effectuer et dans quel état d’esprit ?
DC : un membre du comité ou le président dans le but de nourrir le partenariat. Occasionnellement, un expert externe permet d’approfondir une thématique ou de poser un nouveau regard sur le projet.
RG : viser la continuité pour construire une relation de confiance qui a du sens et s’inscrit dans la durée. JPE : rechercher l’équilibre entre empathie et efficacité, tout en gardant une distance critique malgré l’ambiance souvent chaleureuse de l’accueil.
Quels effets vos visites ont-elles produit ?
JPE : une meilleure connaissance réciproque des partenaires. Parfois, la résolution de conflits. Souvent, les éléments pour trancher face à une décision délicate ou une réorientation des objectifs.
RG : une restitution orale et un rapport écrit avec des recommandations aux deux parties. Des «must» qui doivent faire partie intégrante de toute mission de suivi.
DC : la démystification des acteurs et la levée des préjugés. L’élaboration de nouveaux outils de suivi. La motivation des équipes et souvent aussi un climat d’apaisement et de confiance renouvelés .
Les conseils des experts
Denis Cattin
« S’intéresser à l’environnement du projet, aux autres acteurs opérant dans le même secteur et encourager des synergies locales »
A effectué une dizaine de visites de projets en 15 ans dans sa fonction de secrétaire général d’Unité : Philippines, Indonésie, divers pays d’Afrique et d’Amérique latine. Mise en place d’outils pour l’auto-évaluation des partenaires.
Reto Gmünder
« Définir la liste des personnes à rencontrer et la soumettre à l’avance aux partenaires’ »
A visité des projets en tant que secrétaire général de Pain pour le prochain : en Inde, avec l’objectif de récolter des informations pour la sensibilisation du public en Suisse. Au Cameroun pour débloquer une situation avec une mission de négociation. Comme expert pour Unité: au Laos, pour une analyse institutionnelle et du partenariat des projets menés par le Service de missions et d’entraide.
Jean-Pierre Egger
« Rappeler les objectifs de la visite aux partenaires dès l’arrivée »
A effectué environ 40 missions d’évaluation et de planification dans le cadre de la DDC : de l’Asie au Cap Vert et au Mozambique, en passant par l’Europe de l’Est. Analyse des progrès et difficultés avec les ONG partenaires locales.