Forum social de Dakar

Le Forum Social Mondial de Dakar : la table ronde organisée par E-changer fut un succès

Par Denis Cattin – Participant de la délégation Suisse et membre d’E-changer

Participer à un Forum social mondial est une expérience marquante à plus d’un titre. Celui qui vient de se dérouler à Dakar du 7 au 11 février a été visité par plus de 70’000 personnes.

Parmi les quelques 300 ateliers qui se sont déroulés durant ce Forum, plusieurs ont été organisés par des membres de la délégation suisse sur les thèmes touchant les droits des migrants, le rôle des femmes en faveur de la paix ou la politique de coopération Nord-Sud.

Pour sa part, E-Changer a organisé une table ronde sur le thème de la coopération solidaire et des apprentissages réciproques entre les acteurs sociaux du Sud et du Nord, en collaboration avec deux de ses principaux partenaires, le Mouvement des Sans Terres du Brésil et la Marche Mondiale des Femmes du Burkina Faso. Devant un public très attentif, cinq intervenant-e-s de qualité ont posé leur regard sur le potentiel que les approches, les expériences et les stratégies de développement nées au Sud peuvent représenter pour une coopération (E-Changer préfère parler de coopér-action) plus solidaire et plus efficace entre partenaires du Nord et du Sud.

Awa Ouedraogo, responsable de la Marche Mondiale des Femmes, a tout d’abord souligné l’importance de l’écoute mutuelle entre partenaires qui constitue une condition indispensable pour appréhender de façon optimale les souhaits et les visions de l’autre. Elle a en outre insisté sur la qualité des compétences et de l’engagement de la coopér-actrice (Frédérique Sorg Guigma dont l’engagement bénéficie d’une contribution de la FICD) qui lui offre un appui très professionnel et pertinent. Ceci, ajoute-t-elle, requiert préalablement une analyse approfondie des besoins du Partenaire du Sud et du profil de la personne qui sera envoyée par E-Changer.

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“lors de la manifestation d’ouverture, la mobilisation populaire a été massive, avec une marche traversant plusieurs quartiers de la ville pour rejoindre le campus de l’Université, lieu du Forum.”

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A partir de son engagement dans le Mouvement des Sans Terres (MST), la brésilienne Gislei Siqueira a mis en évidence la distinction entre ONGs et mouvements sociaux, ces derniers faisant partie intégrante des acteurs traditionnels de la société civile de ce pays. Il est dès lors évident pour Gislei qu’un mouvement comme le MST devienne un partenaire important pour E-Changer. Elle souligne en outre que, de ce fait, la lutte citoyenne est un facteur déterminant pour garantir le développement de la société dans son ensemble. Dans ce processus, l’apprentissage mutuel entre le Mouvement social et le coopér-acteur est une constante et s’avère parfois source de conflits. Il serait de ce fait important de bien clarifier et systématiser les relations de communication entre les différents acteurs impliqués. Outre les échanges Nord-Sud, Gislei ajoute que des expériences d’échanges Sud-Sud ont déjà été réalisées, par exemple pour différentes techniques agricoles.

L’importance d’avoir des coopér-acteurs locaux engagés par E-Changer est un élément que relève Martina Rönicke Kabore, coordinatrice d’E-Changer au Burkina Faso. Pour elle aussi la communication constitue un facteur central pour une coopération de qualité et l’engagement de coopér-acteurs locaux peut, non seulement la faciliter, mais augmenter aussi la richesse apportée par les échanges Sud-Nord.

Le regard de Luc Recordon, parlementaire suisse et membre du comité de E-Changer, plaide en faveur des moyens à mettre en œuvre par E-Changer et ses partenaires du Sud pour devenir convaincant et plaider en Suisse de façon efficace les projets et les causes défendues au Sud. Les visites de terrain et la relation d’expériences particulières vécues par les coopér-acteurs y contribuent fortement. Mais actuellement, les activités de coopération en général sont encore grandement méconnues de nos élus et de la population suisse en général. Pour Luc Recordon, bien des approches, des techniques, des modes de pensées du Sud sont à faire connaître au Nord dans le but d’améliorer encore l’efficacité de nos appuis aux partenaires du Sud.

Konrad Specker, responsable de la Division Partenariats externes de la DDC, a volontairement apporté dans ce débat ce qu’il a appelé le « regard du technocrate », en questionnant tout d’abord la division qui est faite traditionnellement entre un Nord et un Sud. La situation au Nord et au Sud est en effet très complexe et relativise l’hypothèse d’un enrichissement du Nord par les « valeurs » du Sud, valeurs qui restent d’ailleurs à bien définir. Une approche systémique serait, de son point de vue, mieux adaptée à la réalité. Elle permettrait de déceler ce qui crée les situations et les conditions que la Coopération au développement doit affronter. Il remet aussi en question l’implication du coopér-acteur dans la lutte sociale en raison du danger de « politisation » de son action. Pour Konrad Specker, le coopér-acteur doit se limiter à être porteur de compétence et d’expérience professionnelle. En outre dans la Coopération au développement, le regard doit toujours rester critique sur soi-même et sur les autres.

Ces différents regards ont été suivis d’un débat qui a permis au public et aux intervenants de répondre avec conviction aux interpellations du représentant de la DDC et de confirmer l’importance de l’engagement professionnel et solidaire des coopér-acteurs de E-Changer, tout en soulignant l’importance de recruter davantage de coopér-acteurs du Sud. Les participants ont aussi conclu à une meilleure utilisation du potentiel que représentent les échanges entre partenaires du Sud, échanges qui évitent en grande partie les écueils dus aux différences culturelles rencontrées dans l’engagement de coopér-acteurs du Nord.