Visite de suivi : entretenir la flamme entre les partenaires du Nord et du Sud

Mercredi 26 mars, à l’issue de la partie statutaire de l’Assemblée générale de la Fédération interjurassienne de coopération et de développement (FICD), les organisations-membres présentes étaient invitées à participer à un échange sur le thème du suivi de projets.

Pascal Tarchini et Anne-Christine Horton, respectivement président et membre du comité de Jura-Afrique, ont introduit le sujet en apportant un témoignage basé sur leur récente mission de suivi. Les deux intervenants ont tout d’abord fixé le cadre de leur voyage et abordé la manière dont ils interagissaient avec leurs partenaires sur place. « L’association intervient au Nord du Bénin, un pays de 13 millions d’habitants occupant la166e position au classement de l’indice de développement humain. L’espérance de vie y est de 62 ans », explique le président de l’association. Si, habituellement, les missions de suivi passaient par le Burkina Faso pour se rendre sur le lieu des projets soutenus par Jura-Afrique, « La situation sécuritaire rend actuellement impossible le trajet habituel. Ainsi, il a fallu passer par Cotonou, au Sud du pays, pour remonter ensuite vers le Nord. »

Effets concrets de l’arrêt de l’USAID (Agence des États-Unis pour le développement international)

La délégation de Jura-Afrique était au Bénin lorsque le président des États-Unis a annoncé l’arrêt des aides de l’USAID. « On a constaté les effets extrêmement rapides de cette décision. Dès le lendemain, un petit projet mené par l’un de nos partenaires a été abandonné », regrette Pascal Tarchini. Après un premier voyage au Bénin en 2014, Anne-Christine Horton y est revenue pour une nouvelle mission. « J’ai été frappée par l’évolution des partenaires, notamment Potal-Men, qui soutient les populations peules de la région. Ils ont alphabétisé près de 50 000 personnes et maintenant l’association s’occupe de les former. »

Planification et préparation de la visite, difficultés rencontrées ou défis à relever, les deux orateurs du soir n’ont éludé aucune des questions qui avaient été préparées par le secrétariat de la FICD. Anne-Christine a notamment relevé que la petite taille de Jura-Afrique était fortement appréciée de leurs partenaires « qui se sentaient davantage écoutés dans l’expression de leurs besoins. Ils sont également très sensibles à cette relation qui se prolonge dans la durée. » Un élément partagé par Pierre Petignat, président de la Fondation Avenir Madagascar, qui relève que « Les relations entre le Nord et le Sud se cultivent. C’est grâce à cela qu’on peut être franc sur les difficultés que nous rencontrons également chez nous. » Le dialogue entre les partenaires devient essentiel, notamment pour les informer des difficultés de la recherche de fonds en Suisse.  Philipp Leiber, de l’association Gbonele – Un toit pour toi, le confirme par une anecdote : « L’ancien gestionnaire de notre projet, en Côte d’Ivoire, nous demandait de faire comprendre à nos donateurs de donner davantage. J’ai dû lui expliquer que ces fonds arrivaient par des personnes privées, qui pouvaient avoir également des soucis financiers. »

Préserver des relations de confiance

L’assemblée a également échangé sur la manière d’entretenir la flamme entre les partenaires. Le constat fut assez clair : les voyages de suivi ont aussi cette fonction. Ils permettent au comité de l’association du Nord de mieux comprendre la réalité du terrain. « Mais il est important que le voyage soit cadré et se déroule en compagnie d’une personne d’expérience qui connaisse bien le contexte. Sinon, gare au choc culturel », relève encore Philipp Leiber.

La question de la langue est également apparue dans la discussion. Certains participants relèvent les difficultés de communication qui peuvent survenir, notamment lorsque les partenaires parlent entre eux dans une langue locale, limitant ainsi les échanges avec les voyageurs. « On peut louper des éléments formels importants pour le projet », explique Christine Chavanne de l’association Congo.Ju. Si, pour certains, cela s’apparente à une forme de manque de respect, Eric Germain, de la Mission Évangélique au Tchad (MET), estime qu’il s’agit davantage d’un problème interculturel. Sur ce point, le président de la FICD, Olivier Girardin, souligne que c’est la même chose en Suisse entre les différentes zones géographiques du pays. Pour lui, le point clé, dans ce cadre-là, c’est de clairement faire confiance à ses partenaires. Aline Knuchel, de la MET, explique qu’après plus de 60 ans au Tchad, il y a des relations de confiance et d’amitié qui se sont nouées avec les partenaires. Parfois, c’est un peu compliqué de dire les choses, tant la relation est forte.

En fin de discussion, les échanges ont permis de relever que, pour entretenir des liens forts, la relation passait également par des visites Sud-Nord. Pascal Tarchini souligne les avantages d’offrir aux partenaires la possibilité de venir en Suisse : « En venant dans le Jura, nos partenaires ont vu les différents efforts que nous fournissions, c’est une forme de voyage de suivi qui permet de rééquilibrer le partenariat », conclut-il.


Bruce Rennes, 31 mars 2025