Parce qu’il se sentait redevable de l’accueil qu’il avait reçu en Suisse et de sa chance, Sanda a créé, en compagnie de son épouse Simone, l’association EDEN. Cette dernière vise à soutenir les populations rurales vivant de l’agriculture au Bénin.
« J’ai été adopté par la Suisse, débute Sanda Ouorou, ce pays m’a accueilli et je me suis senti redevable de la chance que j’ai eue lorsque je suis arrivé, en 2004, avec Simone. » Le couple suisse-béninois s’est rencontré au Bénin dans une mission. Menuisier de formation, Sanda s’oriente vers le métier de paysagiste, travaillant tout d’abord pour un employeur, puis en s’installant à son compte. Depuis la Suisse, le couple soutient les proches restés au Bénin. « Au départ, nous voulions créer une école, explique Simone, de manière à faciliter l’accès à l’éducation des plus jeunes. » L’envoi de matériel sur place s’est avéré complexe « entre les faux intermédiaires et les droits de douane ». Ensuite, ils développent sur place un projet d’apiculture « Nous avons eu jusqu’à 350 ruches. Ce projet bénéficiait d’un soutien de la DDC, par le biais de l’ambassade de Suisse au Bénin, mais le Covid a tout stoppé. On nous a volé des ruches et du matériel apicole. »
Formation de stagiaires
L’association EDEN est créée en 2018 et vise à soutenir les populations rurales vivant de l’agriculture et de l’élevage au Nord du Bénin. L’association gère notamment une ferme qui emploie 5 personnes et qui accueille également des stagiaires issus de lycées agricoles de la région. Aujourd’hui, s’il y a toujours une quarantaine de ruches sur l’exploitation de 52,5 hectares, on y retrouve également de l’élevage (autruches, bœufs, porcs, volailles, etc.). Simone détaille certaines difficultés : « Sur place, les gens cherchent un rendement à court terme, alors que notre vision s’établit sur le long terme, afin de sélectionner les meilleures espèces qui puissent être rentables sur la durée. » Cette dissonance entre le terrain et la vision du couple conduit à quelques expériences malheureuses, un échec dans l’élevage des lapins par exemple, et à des pertes sèches que le couple comble financièrement.
Malgré les difficultés, Sanda ne se décourage pas, même si parfois il se dit qu’il pourrait s’occuper tout simplement de son entreprise de paysagiste en Suisse, qui fonctionne bien. « Mais tout seul, on n’est pas heureux, il faut que ma réussite bénéficie à un maximum de personnes, c’est mieux ! »
Viser l’autosuffisance
« L’une des difficultés réside notamment dans l’accès aux produits phytosanitaires, pour traiter et soigner le bétail, relève Sanda. Au Bénin, au marché, on retrouve des produits qui sont stockés dans des conditions inadéquates, en plein soleil. » Malgré tout, le couple reste confiant et poursuit son objectif initial, celui d’obtenir une ferme autosuffisante, aux méthodes d’élevage performantes, et servant de modèle pour l’apprentissage des jeunes agricultrices et agriculteurs.
L’atteinte de cet objectif passe par une amélioration des cultures, notamment par l’exploitation du sorgho fourrager, selon une méthode importée du Burkina Faso, pour nourrir convenablement les bêtes. Le couple envisage également de renforcer la collaboration avec les lycées agricoles, « De manière à soutenir ces jeunes gens dans leur formation, mais également, pourquoi pas, dans leur installation par la suite. »
La mise en place de cette ferme modèle formant des stagiaires est justement le contenu du projet « Échanges et connaissances », soumis à la FICD par Sanda et Simone et pour lequel ils souhaitent obtenir un soutien. « Face à la situation, il faut être capable d’avoir cette vision à long terme et former nos jeunes. C’est la seule solution pour avoir des résultats et un projet pertinent », concluent-ils.
