Placée sous le signe des enjeux entre conflits et migration, la table ronde organisée le 8 mai par le comité de CIP-Solidaire et la Fondation Gobat pour la Paix s’est cristallisée autour des événements de Gaza, en raison notamment de la qualité de deux des trois invités.
En préambule à la soirée, le maire de Tramelan Hervé Gullotti rappella l’intime histoire qui lie Tramelan à la migration, « Un passé et un présent, résultats de guerres et de turbulences économiques ». Les invités de Thomas Loosli, journaliste multifacette, « auteur-compositeur-interprète-écrivain », ont justement débattu à ce sujet. Toutefois, le parcours du Pr Nago Humbert qui a notamment travaillé pour le Croissant-Rouge palestinien et celui de Jean-Daniel Ruch, ambassadeur de suisse en Israël (2016-2020) ont polarisé l’attention sur la bande de Gaza. Un focus qui n’a nullement entamé le mental de Manfred Bühler, Conseiller national UDC bernois, troisième invité de la soirée.
Rendez-vous raté
Nago Humbert évoque sa première réaction aux attaques du 7 octobre empreinte d’une « vive solidarité avec les familles endeuillées et d’une condamnation sans faille. » Puis, dans un second temps, il est solidaire des civils gazaouis « Qu’est-ce que qu’ils vont prendre sur la gueule ! » L’action du fondateur de l’ONG Médecins du monde se situait dans une période optimiste, « avec en ligne de mire les accords d’Oslo » qui ont volé en éclat lors de l’assassinat du Premier Ministre israélien Yitzhak Rabin le 4 novembre 1995. « On a raté le rendez-vous avec l’histoire. » Dès lors, la diplomatie incarnée, durant la soirée, par Jean-Daniel Ruch a été mise à mal.
Ce dernier rappelle avoir travaillé avec Micheline Calmy-Rey sur l’Initiative de Genève, « Proche d’aboutir à une solution. Nous n’avons pas réussi à écarter du jeu politique les extrêmes de tout bord. » Un brin nostalgique, Jean-Daniel Ruch évoque un pays « qui pourrait avoir un cadre de vie agréable, être le Singapour de la méditerranée, en le construisant avec des gens de bonne volonté. » Nago Humbert constate que la société palestinienne était une société éduquée, avec des femmes directrices d’hôpital. « Ce n’est pas une crise humanitaire, c’est une crise politique. »
« Ce dossier a des répercussions sous la coupole fédérale, relève Manfred Bühler. Les débats sont chauds, mais il faut trouver les étapes pour construire une paix durable », évoquant ainsi une solution à deux États » Entre les invités, de petites escarmouches portent notamment sur la notion « du droit d’Israël à se défendre» qui, s’il est légitime pour le politicien, doit s’effectuer dans le cadre du droit international tel qu’imaginé par Albert Godat et Henri Dunand, selon Jean-Daniel Ruch. Il accuse : « la proportion de victimes civiles par rapport aux objectifs militaires est énorme et de nombreuses règles sont enfreintes. »
Migration palestinienne
Thomas Loosli invite ses invités à imaginer une situation qui puisse permettre aux gazaouis de quitter cette « prison à ciel ouvert » et d’arriver en Suisse. « Devons-nous leur accorder un permis S à l’instar des ukrainiens ? » Pragmatique, Manfred Bühler estime que la force du permis S, sa facilité d’obtention, est également sa faiblesse : « Il y a des abus, la Suisse est trop attractive ». Jean-Daniel Ruch apporte quelques précisions sur ce flux qui ne concerne, aujourd’hui, que de 80 à 100 000 palestiniens : « Ils arrivent au compte-goutte en Turquie ». En termes de migration, les pays d’accueil sont ceux de proximité. « Les déplacés envisagent très souvent un retour à domicile. »
Dans le public, on s’interroge sur la capacité diplomatique actuelle de la Suisse « qui regarde et c’est tout ? » Le conseiller national estime que l’aide humanitaire doit être plus efficace et exempt de tout risque de corruption. « D’un point de vue politique, on a besoin d’un interlocuteur crédible, ce qui n’est pas le cas avec le Hamas. » En fin diplomate, Jean-Daniel Ruch souligne une concession importante du Hamas, celle de revenir aux frontières de 1967, un résultat né du travail de la Suisse. Puis de citer une conférence de presse de Charles de Gaulle le 27 novembre de cette même année : « Maintenant il [Israël] organise, sur les territoires qu’il a pris l’occupation qui ne peut aller sans oppression, répression, expulsion et s’il manifeste contre lui la résistance qu’à son tour il qualifie de terrorisme […] mais il est bien évident que le conflit n’est que suspendu et qu’il ne peut pas avoir de solution sauf par la voie internationale. »
57 ans après, le chemin semble encore long avant même de pouvoir crayonner les bases nécessaires à une paix durant dans cette région du Moyen-Orient.
