Swiss Academy for Development : Ouganda & Colombie : Bilan et leçons croisées d’un cycle de projet

À première vue, les collines ougandaises et les quartiers urbains colombiens n’ont pas grand-chose en commun. Pourtant, ces deux pays ont vu, ces dernières années, deux projets aux composantes proches y être implémentés par la Swiss Academy for Development. En effet, par le biais de Moving Youth en Ouganda et de Hitting a Home Run for Peace en Colombie, la SA4D a, comme bien souvent, conjugué sport et jeu avec entreprenariat, afin d’ouvrir des espaces d’apprentissages et d’opportunités.

D’une part, en ce qui concerne le contexte rural ougandais, Moving Youth s’est implanté de manière à fournir une formation technique solide à des jeunes gens, ainsi qu’à des groupes de fermiers locaux. Cette formation a été dispensée à plus de 1200 personnes, dont la moitié de femmes. Elle est le résultat d’un partenariat avec l’organisation locale Action for Child Social and Economic Transformation (ACSET), déjà évoquée dans l’article de la précédente infolettre concernant le futur “Programme Pays en Ouganda”.  L’organisation ougandaise, partenaire de la SA4D, apporte son expertise en agriculture durable, offrant ainsi un appui technique essentiel. L’organisation biennoise, de son côté, s’est concentrée sur l’aspect formatif, en particulier dans le domaine entrepreneurial, intégré au programme de formation destiné aux jeunes bénéficiaires, grâce à la formation des formateurs et à l’élaboration de manuels pédagogiques.

Cette complémentarité entre les deux organisations a été renforcée par l’engagement communautaire, notamment grâce au soutien des membres aînés des communautés. Ceux-ci ont mis leurs terres à disposition, partagé leur expérience et leurs savoirs agricoles, et accompagné les jeunes dans leurs activités.

Ce mode de collaboration a permis l’émergence d’un véritable maillage intergénérationnel, favorisant la pratique, l’entraide et l’apprentissage dans le cadre des formations proposées, avec le sport et le jeu comme leviers pédagogiques.

D’autre part, dans le contexte bien différent des quartiers colombiens, marqués par la violence et une crainte des populations à occuper l’espace public, en raison de la présence de groupes armés et de réseaux criminels, une logique similaire a toutefois émergé. Le sport s’est transformé en outil permettant de se réapproprier symboliquement et physiquement ces espaces communs, tout en promouvant des activités génératrices de revenu et l’entrepreneuriat, dans le cadre du projet Hitting a Home Run for Peace. Le partenaire local, Grupo Internacional de Paz (GIP), a ici utilisé le baseball afin non seulement de rassembler enfants et parents, mais aussi d’identifier et recréer des zones sûres. De la même façon qu’en Ouganda, l’aspect communautaire y a été central, à travers l’implication  de coachs et leaders locaux, qui ont participé aux diagnostics et aux activités. Par la suite, en Colombie, la formation entrepreneuriale s’est développée sous la forme d’un cursus intensif, avec un accent mis sur la pratique, menant à la soumission de business plans par les participants, pouvant déboucher sur l’allocation d’un capital de départ via un fonds prévu à cet effet.

La formation était délivrée sous différentes formes, adaptées à chaque contexte socioéconomique, aux besoins et aux intérêts des groupes cibles dans chaque pays, mais, dans les deux cas, l’objectif est resté le même : offrir à la jeunesse, et plus largement aux communautés locales, des options économiques viables dans un contexte où les horizons sont limités (par la violence et les risques liés aux groupes armés, pour l’un, et par le chômage structurel, pour l’autre).  

En outre, les résultats confirment la convergence des deux approches, animées par la même intuition initiale :  les activités de cohésion, par le sport et le jeu notamment, ont favorisé la participation. Cette participation est notable, par ailleurs, pour son caractère féminin car, en Ouganda comme en Colombie, ces groupes de la population se sont retrouvés très investis dans les activités. En Colombie, un groupe de sept femmes a uni ses forces, afin de créer une micro-entreprise commercialisant des produits ménagers faits maison, qui ne fait que croitre depuis sa création. Elles ont engagé de nouvelles employées et leur chiffre d’affaires augmente chaque mois. Tandis qu’en Ouganda, jeunes et fermiers ont pu renforcer leur capacité d’investissement grâce aux groupes d’Epargne et de Crédit, qui leur ont permis d’épargner collectivement, d’accéder à de petits prêts internes et de financer leurs premières initiatives entrepreneuriales. 

Cependant, les deux projets ont mis en évidence un défi commun : la dispersion géographique des participants et la trop grande hétérogénéité des groupes cibles. Cette observation mènera la SA4D à resserrer la focale en se concentrant sur des régions plus précises pour les nouvelles phases de projet.  Plus largement, il me semble que la réussite de ces projets se mesure aussi à l’évolution du sentiment d’efficacité personnelle, à la prise de conscience et aux compétences de vie qu’ils permettent de développer : les participants se sentent plus confiants, plus autonomes et capables d’entreprendre, qu’il s’agisse de créer leur propre activité, de se projeter dans l’avenir ou de définir des objectifs de vie.  

Les rapports de projets finaux indiquent une forte baisse du taux de chômage parmi les participants, de nombreux participants ont gagné suffisamment de confiance en eux-mêmes pour démarrer ou relancer leur petite entreprise, grâce aux connaissances acquises et au réseau de soutien qu’ils en formé entre eux. Même si les revenus générés restent relativement faibles, ceux-ci améliorent considérablement la situation financière des participants.  

Enfin, les apprentissages tirés de Moving Youth et Hitting a Home Run for Peace constituent en partie les fondations qui ont nourri la réflexion ayant conduit au “Programme Pays Ouganda”. Approches communautaires, apprentissages techniques, sport comme vecteur de cohésion, entrepreneuriat adapté aux contextes locaux : tout ce vécu de terrain a façonné et renforcé la vision de la SA4D. Ces expériences rappellent à l’organisation que, en effet, c’est en renforçant les acteurs locaux, en partageant les outils et en adaptant les méthodes à chaque territoire que l’impact peut durer, et ce de manière pertinente. 

Giovanna Del Drago (SA4D) et Matthieu Spack ● Le 08 février 2026