Soutien du canton du Jura à la formation professionnelle duale au Cameroun : une solution pour l’avenir et un modèle pour l’emploi des jeunes

Louis Ndjie, Ingénieur agronome – Directeur général – Institut Agricole d’Obala, Cameroun – Site du Canton du Jura

S’inspirant du modèle Suisse, l’Institut Agricole d’Obala (IAO) au Cameroun réalise une expérience originale de formation duale. Grâce au développement des compétences professionnelles que cette expérience favorise, elle intéresse au plus haut point les autorités camerounaises qui souhaitent « former un capital humain compétent et compétitif, susceptible de devenir l’un des leviers essentiels de la croissance ».

Le Cameroun s’est, en effet, fixé pour objectif majeur d’atteindre l’émergence à l’horizon 2035. Le secteur agricole et le secteur éducatif sont inscrits parmi les domaines clés dans le DSCE (Document de Stratégie de Croissance et d’Emploi), l’outil de pilotage de cette politique d’émergence. Toutefois, malgré des efforts consentis pour offrir un large accès à l’éducation, le système éducatif national reste incapable de répondre avec pertinence aux défis de l’employabilité des jeunes dont les profils de formation restent souvent théoriques, même quand ils sont issus de cycles de formation technique et professionnelle.

Visite des représentants du Canton du Jura à l’Institut Agricole en juin 2016. En première ligne de gauche à droite : Michel Patric Boh, principal de l’I.A.O – Dr Daouda, directeur adjoint du Centre Suisse de Recherche Scientifique Côte d’Ivoire – Olivier Girardin, expert du Canton du Jura – Louis Ndjié, directeur de l’I.A.O. ©Lucie NKOA

C’est dans ce contexte que le Ministère de l’Emploi et de la Formation Professionnelle (MINEFOP) a signé une convention avec l’Institut Agricole d’Obala (IAO), le 8 juin 2016. La cérémonie de signature de la convention s’est déroulée en présence d’Olivier Girardin, expert du Jura, directeur de la Fondation rurale interjurassienne (FRI) et président de la FICD, alors en mission de conseil auprès de la direction de l’IAO. La convention signée vise principalement la « mise à disposition de l’expertise de l’IAO pour la promotion des formations en mode dual dans le domaine agropastoral ». A la cérémonie de signature de la convention, le MINEFOP a déclaré que l’expérience de formation professionnelle conduite à l’IAO est une réponse pertinente au besoin de refonte du système national de formation professionnelle. C’est en réalité une reconnaissance par le gouvernement de la qualité d’accompagnement pédagogique et managérial que cet établissement de formation agricole reçoit depuis 2003 du Canton du Jura.

Grâce au soutien du Canton du Jura, l’IAO se développe comme centre de formation agricole et de développement rural de référence. Le service de la Coopération du Canton du Jura assure un coaching à l’établissement depuis sa fondation. Cet appui est complété par des missions régulières de conseil et d’expertise du Délégué à la Coopération Stéphane Berdat, du directeur de la FRI, Olivier Girardin et du Directeur Adjoint du Centre Suisse de Recherche Scientifique en Côte d’Ivoire, Daouda Dao. Les Ministères techniques, en charge de l’agriculture et de l’élevage, ont été les premiers, au plan local, à reconnaître la pertinence du projet de formation de l’établissement en lui accordant des appuis divers (affectation des personnels, subvention de fonctionnement). La convention signée avec le MINEFOP est une reconnaissance de l’utilité et la pertinence des services de l’IAO en rapport avec les projets de développement du Cameroun. C’est également une reconnaissance de l’appui apporté par le Canton du Jura à cet établissement. Parallèlement à la mise en œuvre de cette convention, des hauts responsables camerounais du MINEFOP réalisent des missions en Suisse pour s’informer sur le système de formation duale.

La formation duale de l’IAO fait référence à un modèle de formation à parcours individualisé où, pour construire leurs compétences professionnelles, les apprenants alternent les activités théoriques et pratiques réalisées dans le dispositif de formation de l’IAO avec des périodes d’immersion ou d’incubation en milieu professionnel. Elle a pour objectif de développer chez les apprenants des compétences professionnelles réelles dans les domaines de la création et la conduite des exploitations agropastorales viables et durables. Conçue en tant que parcours de formation individualisé, cette offre peut s’adapter à un public hétérogène, aussi bien en rapport avec des projets portés qu’avec les acquis académiques.

Cette formation se déroule suivant quatre phases non linéaires (voir ci-contre). Au terme d’un tel programme de formation, les apprenants entrent dans un processus d’appui à l’installation sur leur exploitation agricole où ils bénéficient des conseils des formateurs et des services financiers d’un organisme de microfinance partenaire.

Dans un environnement national, où le chômage et le sous-emploi touchent plus de la moitié de la population active, les jeunes formés par l’IAO apportent la preuve qu’il est possible d’acquérir des compétences et un niveau d’employabilité satisfaisants dans une école de formation agropastorale camerounaise. D’où le grand intérêt des pouvoirs publics  camerounais pour cette expérience.

Ce cas de l’IAO montre que l’appui au développement des pays du Sud ne nécessite pas toujours d’énormes ressources financières et humaines. Des actions ciblées au cœur des enjeux du développement des pays peuvent avoir un impact profond, si elles sont imaginées et soutenues dans la durée

Déroulement des phases de la formation duale de l’IAO

  • Modules initiaux de formation théorique et pratique en tronc commun dans les domaines de la zootechnie, de l’agriculture et de la gestion des exploitations agropastorales.
  • Immersion ou incubation professionnelle de l’apprenant au cours des stages (2 à 4 par an) auprès du DDER (Dispositif de Développement de l’Entrepreneuriat rural) de l’établissement ou d’une entreprise partenaire, en fonction du projet professionnel de chaque candidat ; pour certains, le stage se réalise dans des fermes israéliennes, grâce au partenariat négocié avec l’Institut Agrostudies et l’Ambassade d’Israël.
  • Modules de formation approfondie en zootechnie spéciale ou en agriculture spéciale, en fonction du projet professionnel porté par le candidat.
  • Elaboration et finalisation d’un document de projet professionnel par le candidat.