Du 22 avril au 2 mai, six membres du comité d’Espoir pour Eux se sont rendues à M’bour, au Sénégal. Leur visite a été marquée par l’inauguration de l’atelier de couture du centre Pour une enfance où de jeunes garçons talibés se forment à leur futur métier.

Qui a déjà visité l’Afrique de l’Ouest sait que, à la différence de la Suisse, la confection de vêtements sur mesure est là-bas une activité tout à fait courante et, par conséquent, un métier à fort potentiel d’employabilité. Espoir pour Eux, qui soutient depuis 2015 l’association Pour une enfance Sénégal, à M’bour, qui accueille et prend soin d’enfants talibés*, n’a donc pas hésité lorsque le directeur du centre Jules Ndiaye a proposé la construction d’un centre de formation à la couture pour les plus grands talibés, qui généralement ne mendient plus dans les rues mais sont souvent livrés à eux-mêmes, sans formation et donc sans réelles perspectives d’avenir.
Financés par la FICD et le directeur de l’entreprise Biwi, à Boécourt, Pascal Bourquard, les travaux ont débuté en juillet 2024 et se sont terminés en janvier. « Le chantier a pris un peu de retard, dû entre autres au vol des gaines des câbles électriques, qui sont en cuivre et ont donc une certaine valeur, explique Valérie Jeannerat, membre du comité d’Espoir pour Eux. Il y a eu un moment aussi où les pluies étaient trop abondantes pour que la fabrication des briques puisse continuer. » Mais ces embûches ont finalement été surmontées et, bonne nouvelle, n’ont pas entraîné de surcoût.
Un formateur dévoué
Les travaux se sont terminés en janvier et une demi-douzaine de jeunes garçons entre 15 et 20 ans ont pu démarrer leur formation en avril sous la conduite d’un professionnel de la couture qui offre son temps et ses compétences en échange de la possibilité d’utiliser les locaux et les machines pour son activité privée. « Il est très bienveillant et dévoué, il travaille de façon individualisée avec chaque jeune et c’est très bien, se réjouit Valérie Jeannerat, qui s’est rendue sur place fin avril-début mai dans le cadre d’un voyage de suivi du comité d’Espoir pour Eux.
Les visiteuses ont pu constater que les locaux sont très fonctionnels et bien équipés avec les différentes machines à coudre qu’on trouve dans les ateliers de couture sénégalais. « Les jeunes s’entraînent sur des chutes de tissus au début, explique Valérie Jeannerat, puis sur de petites commandes. D’ailleurs nous avons profité de notre visite pour leur commander des cercles de tissu que nous utilisons pour décorer des pots de noix de cajou que nous vendons ici en Suisse. » D’ici peu, les réalisations de ces jeunes couturiers seront mises en vente et le revenu servira à financer le fonctionnement du centre de formation, de même que les éventuelles commandes. D’autres apprentis, sélectionnés comme les premiers sur leur motivation et avec l’accord du marabout dont ils dépendent, rejoindront bientôt cette première volée et tous ces jeunes recevront leur diplôme reconnu par l’Etat sénégalais au terme d’une année de formation.
Bientôt le tour des électriciens
Il ne restait plus qu’à inaugurer les lieux, ce qui a été fait le 1er mai dernier à l’occasion justement de la visite d’Espoir pour Eux. Une inauguration très officielle avec des allocutions de l’inspectrice de la jeunesse et des sports, d’un marabout représentant du quartier, du directeur du centre Jules Ndiaye et de Magali Etique-Périn, la présidente d’Espoir pour Eux, mais aussi un jour de fête pour tous les talibés des environs puisqu’Espoir pour Eux a offert un repas qui a été servi à 350 enfants !

« Comme à chacun de nos voyages, nous avons aussi apporté du matériel médical, surtout des compresses et des médicaments, ainsi que des vêtements », complète Valérie Jeannerat. Chaque jour en effet, des dizaines, voire des centaines d’enfants talibés viennent au centre Pour une enfance prendre un petit-déjeuner, une douche, changer leurs vêtements, bénéficier de soins de santé ou tout simplement d’un moment de répit.
Le prochain voyage n’est pas encore planifié, mais les visiteuses savent déjà qu’elles y trouveront de la nouveauté, puisqu’un second centre de formation est en fin de construction à côté du premier. Celui-ci devrait être fonctionnel tout prochainement (fin juin) et accueillera de futurs électriciens, également des talibés qui arrivent au terme de leur cursus auprès du marabout et se forment pour la suite. Un espoir pour eux, littéralement.
*Les talibés sont des enfants confiés par leurs proches à des écoles coraniques (daaras) pour leur éducation religieuse. La plupart des maîtres coraniques fournissent les cours, le logis et la nourriture aux enfants talibés sans aucun frais pour leurs parents et tuteurs. Mais pour pouvoir les nourrir et aussi s’entretenir, ces maîtres coraniques, ou marabouts, forcent les enfants talibés à mendier dans la rue. Les enfants talibés sont aussi parfois confrontés à des violences physiques (coups et blessures) qui peuvent parfois conduire à la mort. (Source : Amnesty international)
Claire Jeannerat ● Présidente de la Commission d’information de la FICD, 26 mai 2025







