J’ai eu l’opportunité de commencer l’année 2026 en participant à une mission à l’Institut Agricole d’Obala au Cameroun (IAO), au Centre Suisse de Recherches Scientifiques (CSRS) et dans la région d’activité de l’Association Sinzénou Djanfouè en Côte d’Ivoire. Mon premier séjour en Afrique remonte au mois de février 1990 à Abidjan, pour une durée de 3 mois, dans le cadre d’un travail de semestre, alors que j’étais étudiant en agronomie à l’EPFZ.

Je suis ensuite revenu en Côte d’Ivoire en 1992 pour y effectuer ma thèse de doctorat, jusqu’en 1996, avant de poursuivre avec un postdoc et ensuite de reprendre la direction du CSRS de 1998 à 2004. Je suis retourné régulièrement en Côte d’Ivoire depuis 2004, ce qui m’a permis de suivre l’évolution du développement de ce pays ouest-africain, qui a traversé des périodes de crises. La Côte d’Ivoire a retrouvé, à partir de 2011, la paix, la stabilité et a pris le chemin d’un réel développement économique avec, cependant, de nombreux défis, le premier étant d’offrir des perspectives à sa jeunesse. La population est passée de 12 millions d’habitants en 1990 à 33 mio d’habitants aujourd’hui. Les projections pour 2050 prévoient une population de 50 mio d’habitants et de plus de 100 mio pour la fin du 21e siècle.
Je me suis rendu pour la première fois à l’IAO au Cameroun en 2007 et j’y suis ensuite régulièrement retourné, la population était alors d’environ 18 mio d’habitants. Ce sont aujourd’hui 30 mio de personnes qui vivent au Cameroun, les projections pour 2050 prévoient 50 mio d’habitants et 90 mio pour 2100. A cette date, la Suisse devrait compter 10 mio d’habitants. La moitié de la population ivoirienne et camerounaise a moins de 19 ans, alors que l’âge médian en Suisse est de 43 ans. Ces quelques chiffres et projections démographiques permettent d’identifier les défis et les potentialités en termes de développement économique et humain, que l’on peut extrapoler à l’ensemble du continent africain, qui est et restera un continent jeune. La population africaine compte aujourd’hui 1,6 mia d’habitants, elle en comptera 2,5 mia en 2050 et environ 4 mia en 2100. 40% de la population mondiale vivra en Afrique à la fin du 21e siècle.

L’IAO a compris dès sa création en 2002 que, pour offrir des perspectives à la jeunesse camerounaise, il était essentiel d’investir dans la formation. C’est ainsi qu’une première classe de 30 élèves a été ouverte à cette époque. Il y a aujourd’hui 3’000 élèves et étudiants qui suivent une formation à l’IAO, dans le secondaire et dans les différentes filières liées à l’agriculture et à la transformation des aliments, inspirée de l’apprentissage et du système dual que nous connaissons en Suisse. Cette évolution est saisissante et impressionnante, car la majorité des jeunes formés à l’IAO ont développé leurs entreprises dans les domaines de l’agriculture et de la transformation alimentaire, ou ont trouvé des emplois dans ce secteur économique. La ville d’Obala, qui compte 30’000 habitants, a pu bénéficier de ce développement. D’une petite école au départ, le groupe IAO s’est transformé aujourd’hui en une école secondaire, un lycée, une école professionnelle et en un centre universitaire qui a inscrit l’entreprenariat agricole et agroalimentaire au cœur de ses activités. Les défis sont encore nombreux, mais les perspectives sont prometteuses, car l’IAO constitue aujourd’hui un robuste modèle de réussite en termes de développement de l’agriculture et des filières alimentaires.

L’IAO a su également développer de nombreux partenariats au Cameroun, ainsi qu’en Afrique Centrale et de l’Ouest. Je relève ici en particulier la collaboration avec le CSRS, en Côte d’Ivoire, dans le domaine de la recherche scientifique et de la formation agricole. Le directeur adjoint du CSRS, Dr Daouda Dao, a ainsi été invité à participer au Conseil d’Administration de l’IAO, à visiter les dernières réalisations et à discuter les perspectives de développement et de collaboration entre la Côte d’Ivoire et le Cameroun. La poursuite de notre mission en Côte d’Ivoire, où de nombreuses rencontres et visites ont eu lieu, a permis d’identifier des pistes concrètes pour le développement d’un partenariat, en particulier dans le domaine de la formation et l’installation de jeunes dans l’agriculture et la filière alimentaire. La ferme école de Bringakro, développée par le CSRS avec l’appui et la participation de l’association Sinzénou Djanfouè et le Ministère de la Formation professionnelle de Côte d’Ivoire, constitue un site idéal pour adapter le concept de la formation duale et modulaire de l’IAO, avec des défis similaires à ceux rencontrés au Cameroun. Ce sont ainsi 70 jeunes qui ont pu bénéficier d’une formation agricole basée sur le concept d’école de la deuxième chance promu par ce ministère. Les bases sont ainsi posées pour poursuivre et développer ce centre de formation agricole en milieu rural et offrir des perspectives d’installation et de développement de petites entreprises à la jeunesse, dans le domaine de l’agriculture vivrière, de la transformation et de la commercialisation des produits agricoles. L’un des défis pour l’IAO, le CSRS et Sinzénou est de pouvoir mettre en place des mécanismes de financement et d’accompagnement des jeunes dans leurs projets. Dans ce contexte l’initiative de prêts d’honneur, développée par l’IAO, constitue une approche intéressante qui mérite d’être soutenue et développée.
La FICD apporte un soutien aux projets de formation portés par l’IAO et par Sinzénou Djanfouè. Ce soutien est déterminant pour le succès de ces initiatives qui offrent de belles perspectives à la jeunesse et des alternatives à l’exode rural et à la migration. Ces projets complètent les nombreuses autres initiatives développées par les organisations membres de la FICD en Afrique et constituent des modèles crédibles de développement que nous pouvons présenter à nos bailleurs, à savoir les cantons du Jura et de Berne ainsi que la DDC.
