La MET et ses partenaires tchadiens soutiennent la construction et la réfection de puits dans la région du Guéra (centre du Tchad) depuis de nombreuses années. Depuis peu, c’est l’équipe du projet ProSARG qui gère cette activité dans le cadre du développement d’un volet eau et assainissement (construction de puits, réalisation de latrines, développement de diguettes de rétention, etc.)


Ramadan Abdoulaye travaille avec nous comme puisatier depuis 2009. Douze puits ont déjà été réalisés ou réfectionnés par son équipe, deux sont en ce moment en construction. Il faut dire que dans cette région, l’eau est une denrée rare et précieuse et les puits peu nombreux. Les gens (la plupart du temps les femmes et les filles) doivent souvent marcher jusqu’à 10 km pour accéder à de l’eau potable.
La population creuse parfois des puits, mais sans technicien pour les aider à réaliser un cuvelage en briques (paroi intérieure destinée à stabiliser les sols traversés) et des aménagements extérieurs, ces puits sont dangereux. La trop faible profondeur de ces puits n’offre qu’une eau boueuse et insuffisante pour satisfaire à tous les besoins. Après chaque saison des pluies il faut par ailleurs souvent les creuser à nouveau. Les aménagements permettent d’éviter la chute de personnes ou d’animaux dans le puits mais aussi de le maintenir propre en empêchant le bétail de pénétrer dans la zone de puisage. On le fait par l’élévation de murets ou à l’aide de haies vives.
Ramadan Abdoulaye se souvient de son premier chantier : « C’était à Maliko en 2009. Quand je suis arrivé sur place, les responsables du village m’ont expliqué que sept femmes étaient déjà tombées dans le puits. Mais comme c’était le seul à des kilomètres à la ronde, les femmes, malgré les risques, continuaient de venir y puiser de l’eau. Le puits faisait une trentaine de mètres de profondeur ; mais en surface, à cause des eaux de ruissèlement des saisons des pluies successives, il avait une quinzaine de mètres de diamètre. J’étais moi-même effrayé de devoir intervenir dans ce puits mais vu le danger qu’il représentait pour la population, je me suis confié à la grâce de Dieu et nous avons commencé les travaux. Depuis, l’eau n’a jamais manquée dans ce puits et à chaque fois que je passe par ce village, la population m’accueille à bras ouverts et m’exprime sa reconnaissance ».
Ce sont les villages qui déposent leur demande aux Églises AET (le partenaire de la MET dans la région du Guéra). Beaucoup de demandes nous parviennent, mais nous ne pouvons malheureusement pas toutes les satisfaire. Il faut donc faire des choix en priorisant les besoins. Une fois que la demande est acceptée, la communauté villageoise se mobilise pour creuser le puits, loger et nourrir l’équipe de puisatiers pendant toute la durée du chantier qui se compte en mois. Une fois que le puits est terminé, sa gestion est confiée aux bénéficiaires qui doivent entretenir les abords du puits afin de maintenir une eau de bonne qualité. On laisse aussi du matériel tel que cordes et poulie, éventuellement une brouette et des pelles pour descendre dans le puits quand il nécessite d’être curé.
L’exemple de Goumi est caractéristique : Goumi est un village du sud du Guéra niché au pied des montagnes et regroupant une trentaine de familles. Ici les gens sont des paysans vivants de la culture et de l’élevage de menu bétail. Des familles de nomades sont venues s’installer depuis quelques années et y ont trouvé des terres de pâtures pour leurs troupeaux. Les deux communautés vivent en paix et se respectent l’une l’autre. C’est parfois avec la gestion de l’eau que des tensions peuvent subvenir mais en général, elles sont vite apaisées.
La demande de Goumi pour la réalisation d’un puits est arrivée chez notre partenaire il y a trois ans déjà, mais d’autres demandes devaient être satisfaites et ce n’est qu’à fin 2023 que ProSARG s’en est saisie et a envoyé son responsable de projets pour évaluer la possibilité d’intervenir. Jusque-là, ProSARG se contentait de faire des puits maraichers pour les agriculteurs. Avec Goumi, c’est le volet « eau et assainissement » qui s’ouvre sur de nouvelles activités : construction de puits, réalisation de latrines, développement de diguettes de rétention, etc.
L’équipe de Ramadan Abdoulaye qui est sur le chantier depuis début mars continue de creuser le puits, avec l’appui de la population, afin d’offrir une bonne capacité en eau. Il est actuellement maçonné sur une hauteur de 13 mètres.
Le chef du village nous confiait : « La présence de l’équipe de ProSARG-AET-MET est un rêve qui se réalise. Depuis 1994, la communauté villageoise a fait des demandes répétées auprès de l’Etat et d’ONG mais sans succès. Aujourd’hui avec ce puits, les enfants pourront aller à l’école et les femmes se concentreront sur la vie du village et son développement plutôt que d’aller chercher de l’eau ; les hommes profiteront de cette eau pour l’alimentation du bétail, la fabrication de briques et la construction de maisons. »
Dans cette région délaissée, les besoins sont immenses mais l’espoir apporté par la construction d’un puits galvanise les populations.
Quelques chiffres :
- Le Tchad, 6ème place des pays devant faire face aux plus grands besoins en eau
- Seul 71% des urbains et 40% des ruraux (avec des disparités allant de 15% à 80% selon les régions) ont accès à des points d’eau potable
- L’OMS estime à 20 litres d’eau, les besoins par personne et par jour.
