Fin février, le président de la FICD, Olivier Girardin, s’est rendu à l’Institut agricole d’Obala, au Cameroun. Il a notamment participé à une séance du Conseil d’administration (CA) de l’établissement dont certains projets sont soutenus par la Fédération interjurassienne de coopération au développement.
Olivier, pouvez-vous nous expliquer le but de votre visite à l’Institut agricole d’Obala (IAOet le rôle du Conseil d’administration où vous siégez en tant que Vice-président ?
L’objectif de cette visite était de faire le point sur les projets en cours. Le Conseil d’administration a pour but d’assurer la bonne gouvernance de l’institution. Il réunit, entre autres, les représentants des Ministères de l’Agriculture et de la Formation professionnelle du Cameroun, ainsi que le directeur d’une banque de micro-crédit avec laquelle l’IAO travaille. L’Ambassadrice de Suisse, Mme Nathalie Kohli, siège également au CA. Elle assure ainsi le lien entre les autorités suisses et camerounaises. Le directeur général de l’IAO Louis Ndjié, quant à lui, garantit la connexion avec l’équipe de direction et prépare tous les documents nécessaires au bon déroulement de cette rencontre.
Quel est généralement l’ordre du jour de ce rendez-vous ?
Le Conseil d’administration définit la stratégie de l’IAO, vote le budget, le programme d’activités, les comptes et le système de contrôle interne. Les projets d’investissement et de développement de l’institut sont également à chaque fois présentés au CA. Nous faisons aussi le point sur les développements récents et nous visitons les nouvelles réalisations. C’est un moment très précieux d’échange qui assure la transparence et renforce la confiance dans le travail de qualité qui est réalisé par toute l’équipe de l’IAO.
Quelles évolutions avez-vous constatées depuis votre dernier voyage ?
J’ai pu constater que la dynamique et le développement des projets à l’IAO sont toujours très positifs. Il y a actuellement plus de 1800 élèves et étudiant·e·s qui suivent des formations du niveau secondaire jusqu’au niveau ingénieur, avec Bachelor ou Master, dans tous les domaines liés à l’agriculture et à l’agroalimentaire. Le soutien des jeunes à l’installation, en tant qu’entrepreneur ou entrepreneuse agricole, est également une composante importante de l’IAO, qui poursuit son développement avec de nouveaux bailleurs.
Combien de jeunes cela concerne-t-il ?
Ce sont plus de 700 jeunes qui ont pu bénéficier de ce programme ces dernières années. Ils et elles ont ainsi créé leur entreprise et se sont installé·e·s en tant que chef·fe·s d’une exploitation agricole. Ils et elles contribuent au développement de l’agriculture au Cameroun. De nombreux jeunes diplômé·e·s occupent également des postes dans des entreprises et institutions camerounaises. On observe une réelle transformation du milieu agricole, avec de nouvelles perspectives très réjouissantes. L’IAO s’est positionné comme la principale institution de formation à l’entrepreneuriat agricole au Cameroun et a récemment obtenu le statut de centre universitaire. C’est une très belle reconnaissance du travail accompli, par les autorités camerounaises.
Pouvez-vous nous donner quelques indications sur l’évolution du dernier projet en cours de financement par la FICD, qui concerne les nouvelles infrastructures didactiques, la cantine et le dortoir ?
Le dernier projet avait pour but de renforcer la structure d’accueil, notamment pour les enseignant·e·s et les étudiant·e·s. Un nouveau bâtiment a ainsi été construit pour la section anglophone. Il accueille environ 200 élèves et comble une attente de leurs parents. Le nouveau bâtiment, avec une capacité d’accueil d’une vingtaine de chambres, un réfectoire et un restaurant, a pu être entièrement finalisé. La cantine est presque terminée et le versement du solde par la FICD va permettre d’achever les travaux d’aménagement de la cantine.
Ce qui correspond aux objectifs initiaux ?
Effectivement, les objectifs fixés dans le projet et la demande adressée à la FICD pour la période 2022-24, ont pu ainsi tous être réalisés dans le respect du budget. La direction générale et le Conseil d’administration de l’IAO adressent leurs remerciements à la FICD et aux cantons du Jura et de Berne, ainsi qu’à la DDC, pour leur précieux soutien.
Certains de ces aménagements sont-ils déjà fonctionnels ? As-tu eu un aperçu de la réaction des étudiants et étudiantes de l’IAO ?
Oui, j’ai eu, par exemple, l’occasion de visiter le nouveau bâtiment pour la section anglophone et de découvrir plusieurs classes. Les conditions d’étude ont été nettement améliorées et les élèves et enseignant·e·s eees apprécient beaucoup les nouvelles conditions et leur nouvel environnement. Je suis toujours touché par la reconnaissance que l’on ressent et par la motivation générale. C’est ainsi que la Suisse, les cantons du Jura et de Berne existent et rayonnent au Cameroun.
En quoi l’IAO peut-il être un modèle et une inspiration pour d’autres projets dans le même domaine ou dans des domaines complètement différents ? Quels sont ses points forts ?
L’IAO est effectivement une source d’inspiration avec de nombreux points forts. Le premier, à mes yeux, réside dans le fait qu’il s’agit à la base d’une initiative camerounaise, incarnée par le directeur général Louis Ndjié. Les liens avec le Jura se sont tissés dans un premier temps grâce au soutien de l’abbé Jacques Oeuvray, qui a financé les études d’agronomie de Louis en France.- Celui-ci a séjourné à de nombreuses reprises dans le Jura et a même effectué un stage sur une exploitation agricole. Il a ainsi pu s’inspirer du modèle suisse de formation duale et l’adapter au contexte camerounais. Il a su à l’époque, par sa motivation, convaincre Jean-François Roth, alors ministre de l’Économie et de la Coopération.
Un soutien qui s’est maintenu au fil des années ?
Oui, le soutien à l’IAO a pu être maintenu dans la durée puisque la FICD et la Fondation rurale interjurassienne ont repris le flambeau du canton du Jura, ce qui a permis de construire, pas à pas, une institution solide, tant au niveau de l’infrastructure que de la gouvernance. Le soutien apporté par l’Ambassade de Suisse au Cameroun est également constant.es autorités camerounaises, quant à elles, sont directement impliquées au niveau du Conseil d’administration, en y détachant plusieurs enseignant·e·s.
L’IAO peut-il servir de modèle pour les bailleurs qui ont financé une partie des infrastructures ?
La constance est un élément déterminant et l’engagement dans la durée, ainsi qu’un partenariat solide avec une gouvernance claire, sont pour moi des éléments d’inspiration que l’on peut reprendre ailleurs. Le développement de nombreux partenariats public-privé est un facteur de succès de l’IAO. Il est également important que l’aide apportée soit désintéressée et qu’elle se base sur les priorités du pays. Il est alors possible d’accompagner le projet dans les meilleures conditions possibles et, ainsi, les relations se développent d’égal à égal.
L’IAO attire aujourd’hui de nombreux partenaires qui veulent s’associer à son succès, ce qui est très positif, mais l’établissement a élaboré son programme stratégique avec une vision claire de son évolution, ce qui lui donne une solidité. Les soutiens, apportés par le Jura, le canton de Berne et la Suisse, se sont concentrés sur le développement de l’infrastructure et non pas sur les frais de fonctionnement, qui sont assurés par les ressources propres de l’IAO. Ces dernières reposent sur les écolages et les différentes activités de production autour de la ferme-école et de la coopérative agricole.
Quelles sont les prochaines évolutions envisagées par l’IAO dans le cadre de son développement ?
Le prochain projet va porter sur le renforcement des infrastructures dans le domaine de la technologie et des sciences alimentaires, avec la construction d’une halle pilote et d’un laboratoire d’analyse. Cela permettra de renforcer la formation dans le domaine de l’agroalimentaire. Il y a des besoins importants dans ce secteur, afin de valoriser la production alimentaire et de réduire les pertes post-récolte. La collaboration avec la HES-SO du Valais permettra à l’IAO de bénéficier d’un appui technique très appréciable. Une étudiante a déjà pu ainsi effectuer un stage de plusieurs semaines en Valais et travailler sur les plans de la halle technologique. Ce projet a été accepté par la FICD et soumis au Fonds de loterie du canton de Berne pour obtenir un cofinancement.
Peut-on également évoquer de futures collaborations ?
Effectivement, il s’agira pour l’IAO de poursuivre les collaborations et de continuer à accompagner les jeunes formé·e·s afin qu’ils et elles puissent s’installer à leur compte, ou dans des entreprises agricoles, dans les différents domaines de la filière alimentaire. La dimension internationale, avec l’accueil d’étudiant·e·s d’Afrique centrale et de l’Ouest, sera également poursuivie. Les collaborations avec le Centre Suisse de Recherches Scientifiques en Côte d’Ivoire offrent également des perspectives intéressantes.
Propos recueillis par Bruce Rennes, 30 mars 2025
