Nouvelle stratégie et grandes ambitions : un Programme-pays en Ouganda

Forte de plusieurs années d’expérience, de réseaux tissés, renforcés et optimisés en Ouganda, la seule organisation membre biennoise de la FICD met en œuvre un nouveau programme en Ouganda. La Swiss Academy for Development (SA4D) a en effet, à la suite d’une longue série de projets et de partenariats mis en place dans ce pays, opté pour une stratégie innovante et à visée pérenne concernant la Perle de l’Afrique.

Le but affirmé de ce programme, le soutien au développement socioéconomique et l’insertion professionnelle des jeunes Ougandais·e·s, bénéficiera pour sa réalisation d’une coopération étroite avec les trois partenaires locaux de la SA4D, à savoir, en premier lieu, Action for Chil Social and Economic Transformation (ACSET), spécialisé en agriculture et en accès à l’énergie renouvelable. Deuxièmement, la Community Psychosocial Support Organisation ou CPSO, spécialisée en santé mentale, travaillant avec des réfugiés, et enfin l’organisation Youth Sport Uganda (YSU), un autre acteur affirmé du sport pour le développement et spécialisée dans l’éducation et la santé des jeunes. En plus de ces partenariats, la SA4D souhaite offrir son expertise et disséminer la méthodologie sport et jeu dans le pays par le biais de mandats pour délivrer des formations spécifiques et adaptées. Ce retour à l’expertise centrale par mandat permettra, ici aussi, d’encourager un développement réellement porté par les acteurs du Sud.

Les partenariats avec ces organisations, solidement établies et institutionnellement fiables, sont en adéquation totale avec la politique de pérennisation et d’autonomisation de la SA4D, selon laquelle, lors du retrait de celle-ci, les cartes et outils du développement se retrouvent pleinement dans les mains des acteurs locaux.

De plus, ce focal sur le pays se constitue en tant que projet multisectoriel et pluriannuel, s’étalant de 2025 à 2028 au moins, dans ce qui se veut n’être qu’une première phase !

Il vise à intervenir dans un contexte national fortement sous tension : la démographie ougandaise est caractérisée par une forte proportion de jeunes, en proie à un chômage structurelparticulièrement élevé pour cette frange de la population. De fait, la SA4D et ses partenaires, en se basant sur les chiffres de l’Autorité Nationale de la Planification et du Bureau des Statistiques du pays, ont observé que près de 40% des 15-30 ans n’étaient ni en situation d’emploi, ni en études, ni en apprentissage (indicateur NEET). De surcroît, 80% de ceux qui sont en emploi, le sont dans des conditions incertaines, dans le secteur informel ou sont sous-payés. Finalement, près de la moitié des jeunes ne disposent pas de l’éducation adéquate à leur entrée sur le marché de l’emploi ougandais. Par ailleurs, l’expertise locale des partenaires a permis, outre le simple aspect chiffré, de comprendre et de connaître l’impact de la précarité réelle du pays. En d’autres termes, l’humain derrière la statistique.

En outre, il est à noter que l’une des barrières majeures à l’insertion professionnelle et sociale des populations réside en l’amélioration dans les conditions infrastructurelles auxquelles elles ont accès. L’accès à l’eau, la nutrition et les conditions sanitaires sont, notamment, autant d’éléments sur lesquels le projet investira, dans le but de les améliorer et d’offrir des conditions optimales à la réalisation de l’objectif du projet.

Afin de répondre de manière cohérente à ces défis, la SA4D et ses partenaires ont structuré leur intervention autour de trois actions complémentaires destinées à faciliter l’entrée des jeunes sur le marché du travail. D’une part, des formations professionnelles (en menuiserie, plomberie ou encore coiffure) permettront d’acquérir des compétences techniques directement mobilisables. D’autre part, un volet consacré à l’entrepreneuriat renforcera la capacité des jeunes à développer leurs propres activités génératrices de revenus, dans un contexte où l’informalité domine largement. Enfin, la rénovation et la construction d’infrastructures essentielles offriront un cadre d’apprentissage adéquat, tout en contribuant à lever les obstacles structurels persistants liés à l’accès à l’eau, à la nutrition et à l’hygiène.

Pour toutes ces raisons, ainsi que pour son expérience sur le terrain et les nombreux réseaux de qualité dont elle dispose sur place, la Swiss Academy for Development a décidé d’implémenter son premier programme-pays en Ouganda. Celui-ci, avec sa focale particulière mise sur ce pays, permettra aussi à la SA4D de mettre à profit son expertise inhérente : utiliser le jeu et le sport comme outil participatif d’apprentissage, développer des manuels adaptés et former des formateurs·trices.

En opérant de cette manière auprès de ses partenaires, pendant la durée du programme, l’ONG biennoise vise à déployer ses interventions  de manière efficiente et logistiquement rationnelle . Elle se concentre sur ses domaines de prédilection pour parvenir au mieux à atteindre les buts de son programme, à savoir former les bénéficiaires, tant à l’entreprenariat qu’aux différentes techniques professionnelles, de concert avec leurs partenaires, en palliant  les problèmes structurels précédemment évoqués. Elle compte toucher plus de 5’000 jeunes en situations de précarités dont au moins 50% de femmes. Au demeurant, leurs communautés bénéficieront, indirectement, des retombées du programme national.

Finalement, au-delà de ce nouveau programme, la SA4D réaffirme que le développement et l’autonomisation doivent être portés par celles et ceux qui vivent les réalités du terrain. En Ouganda comme ailleurs, l’organisation souhaite renforcer son rôle de passerelle, de facilitatrice dans la transmission des outils, afin de former, puis laisser les acteurs locaux décider de leur usage. Pour la SA4D, c’est dans le partage de méthodes, de contenus et de leçons apprises que réside l’impact le plus durable. L’organisation se dit d’ailleurs ouverte à davantage de collaborations, notamment avec des membres de la FICD : une manière de croiser les expertises, de mutualiser les savoirs, et peut-être un jour d’adapter ses outils dans un contexte francophone. Plus qu’un projet, c’est donc une dynamique collective qui se dessine : celle d’un développement synergique, participatif, inclusif, construit avec, par et pour les communautés locales.


Matthieu Spack, stagiaire FICD ● Le 03 décembre 2025