Les voyages de suivi sont-ils réellement utiles ?

Par Bruce Rennes, chargé de projets de la FICD – www.ficd.ch

CONFERENCE. Après l’Assemblée générale de la Fédération interjurassienne de coopération et de développement (FICD), une conférence au titre volontairement provocateur a été organisée sur l’utilité des voyages de suivi. Trois associations ont expliqué le déroulement de leur voyages, en introduction au débat de la soirée.

« Nous ne jugeons pas les organisations qui se présentent. Les projets sont différents, les pays et les contextes ne sont pas les mêmes ». C’est par cette phrase d’introduction qu’Isabelle Boegli installe le cadre des trois présentations qui vont se succéder. Croissance Afrique, Moutier Aide-Chiril et Handicap Solidaire ont accepté de décrire leur organisation et leurs voyages de suivi. Trois associations, pour trois destinations et tout autant de problématiques. L’objectif de ces présentations et du débat qui suivra est notamment d’établir un cahier de bonnes pratiques à utiliser et surtout à diffuser.

La première intervention de Jean-Jacques Maeder, Croissance Afrique, nous emporte au Togo où la scolarisation des enfants est l’un des principaux combats de l’association. Le diaporama présente l’association et ses différents projets. Il répond à différentes questions : nombre de voyages par année, nombre de personnes, durée moyenne des séjours, préparation du voyage, programme, résultats des informations récoltées sur place et méthode de financement du voyage.

En Roumanie et au Burkina Faso

Roland Mérillat, président de Moutier Aide-Chiril succède à Jean-Jacques Maeder. Il retrace les événements qui ont conduit à la création de l’association et se félicite de l’élan de solidarité des Prévôtois en faveur des habitants de cette commune de Roumanie. Le président relate les changements de l’organisation, qui évolue d’un parrainage personnalisé (des colis par famille, puis des bons d’achats) à la mise en place de projets plus complexes tels que des travaux de rénovation ou d’assainissement.

Madeleine Méroz, de l’association Handicap Solidaire évoque le combat de Philippe Beuret, fondateur de l’organisation et lui-même en fauteuil roulant. Elle retrace les événements importants et l’impact des fauteuils roulants pour les handicapés du Burkina Faso.

Les trois présentations se rejoignent sur l’utilité indéniable des visites de projets. 

La discussion est lancée par une question quelque peu provocatrice : « Mais finalement tous vos voyages sont-ils vraiment utiles ? Ne vaudrait-il mieux pas investir l’argent des billets d’avion directement dans le projet ? » Tout est question de proportion entre le coût du voyage et le coût du projet entend-t-on dans le public. « Chaque voyage maintient et renforce les liens avec le partenaire » explique David Cuenin du Groupe Nicaragua. Gabriel Nusbaumer, président de la FICD souhaite en savoir davantage sur les liens noués entre l’association et son partenaire. « Des liens d’amitié et de confiance… mais la confiance ne doit pas être aveugle », lui répond David.

Le voyage renforce l’investissement

L’assemblée ne considère pas le voyage comme le ‘‘sucre’’ qui récompense les bénévoles. Toutefois, on s’accorde à dire qu’une visite sur le terrain change les gens. Ils reviennent avec une motivation renforcée qui se propage aux autres bénévoles de l’association.

Henry Otieno, président d’Amitiés Suisse – Kenya  évoque l’importance du déplacement sur place. « Depuis la Suisse, on ne peut pas comprendre pourquoi un projet est immobile ». Jean-Jacques Maeder acquiesce et souligne qu’il est parfois plus facile pour un Européen d’obtenir un rendez-vous avec des responsables politiques locaux pour débloquer un projet.

Des visites surprises !

Une autre question relance les débats : « Pendant un séjour d’une semaine, avec un partenaire prévenu à l’avance, comment être sûr d’avoir un aperçu authentique de la situation  ? » « Par l’organisation de visites surprises », lance Federico Ferrario, président de Latrine Togo. Une phrase qui anime le débat et secoue quelques représentants d’associations. Dominique Suisse de La Goutte d’eau trouve l’idée un peu choquante. Sa pensée est appuyée par Roland Mérillat : « On viendrait par surprise et finalement, on ne trouve pas nos partenaires… Je préfère que nos partenaires soient prévenus et qu’ils prennent le temps d’organiser correctement la visite. Les liens de confiance se créent comme cela. »

Pierre Maurer, collaborateur de la DDC souligne, en expert avisé, l’importance des contacts avec les autorités suisses du pays dans lequel se trouve l’organisation : « N’hésitez pas à contacter le bureau local de la DDC. C’est un avantage non négligeable pour obtenir une visibilité de votre projet dans les médias », insiste-t-il.

Gabriel Nusbaumer conclut la soirée par une petite anecdote : l’histoire d’une femme qui doit constamment porter son enfant handicapé. En recevant une chaise roulante, cette maman a pu libérer du temps pour s’occuper de son travail et du développement de sa famille. « Cela illustre parfaitement les résultats positifs indirects des actions de nos organisations membres », conclut-il.