Le « printemps arabe », et après? Entre réforme et revitalisation des économies du Moyen Orient.

Le « printemps arabe », et après? Entre réforme et revitalisation des économies du Moyen Orient.

Par Pascal Tarchini – Directeur des programmes Jura-Afrique

Les soulèvements démocratiques observés au Moyen-Orient ce printemps sont non seulement l’expression d’une soif de liberté de la nouvelle génération mais également une réplique à la mauvaise gestion économique des anciens régimes autoritaires. Les protestataires ont eu le courage de manifester leur mécontentement face à l’augmentation de la précarité, des inégalités et de la corruption ainsi que de la faible création d’emploi.

Maintenant que la transition politique est en cours, il s’agit de mettre en œuvre une série de mesures économiques avec l’aide des partenaires internationaux, afin de répondre aux attentes du peuple, initiateur du changement. L’objectif sera d’offrir des opportunités et un futur aux millions de jeunes en quête d’un projet de vie concret et réalisable. La Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement a déjà annoncé qu’elle intensifierait ses opérations au Moyen-Orient et le G8 a promis plusieurs dizaines de milliards d’euros en prêts aux pays Nord-Africains.

Promouvoir l’innovation et la création d’entreprises

Cependant, ces ressources doivent être allouées de manière ciblée et pertinente. L’une des clés sera l’émergence et la promotion de l’initiative entrepreneuriale à travers le développement du secteur privé. Les universités du Moyen-Orient produisent chaque année un vivier précieux de diplômés qui peine à trouver une place dans la société, car ne répondant pas aux besoins de l’économie ou plutôt du gouvernement. Offrir à cette élite la possibilité de mieux valoriser ses compétences spécifiques, c’est doter le pays d’un moteur de croissance durable.

Pour ce faire, cela passera par :

  • de larges réformes sur le plan administratif en réduisant la complexité bureaucratique (selon le rapport « Doing Business » de la Banque Mondiale, l’obtention d’un permis de construire au Caire nécessite 28 procédures et 249 jours en moyenne),
  • la lutte contre la corruption, fléau qui représente un coût économique gigantesque pour les pays arabes par une allocation des ressources inefficiente et un découragement des investisseurs à s’engager,
  • l’accès aux petites et moyennes entreprises au crédit. Selon la Banque mondiale, seules 10% des micro, petites et moyennes entreprises ont accès à un financement bancaire dans cette région,
  • finalement, d’un point de vue macro-économique, la diversification des exportations (celles-ci ayant reposé jusqu’à présent presque exclusivement sur l’exploitation pétrolière) et de massifs investissements en infrastructures afin de répondre à une croissance démographique soutenue (surtout en milieu urbain).