Le FEDERESO uni

Les présidents des 7 fédérations cantonales de coopération au développement ont publié une tribune dans le journal Le Temps du 12 septembre 2024. Le texte reproduit ci-dessous vise à éveiller les consciences de la population et des responsables politiques vis-à-vis des menaces qui pèsent sur les financements de la coopération internationale

La Stratégie de coopération internationale de la Suisse pour les années 2025-2028 sera débattue au Parlement fédéral ces prochaines semaines. Sur l’enveloppe prévue de 11,27 milliards de francs, le Conseil fédéral envisage d’affecter 1,5 milliard à la reconstruction de l’Ukraine et 1,6 milliard à la lutte contre le changement climatique, tandis qu’une majorité de sénateurs entend transférer 2 milliards à l’armée. Si l’ensemble de ces propositions étaient acceptées, 45% du budget de la coopération internationale ne bénéficierait plus aux populations les plus défavorisées d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie, contrevenant ainsi aux buts de la loi fédérale de 1976 sur la coopération au développement.

Dès que les finances fédérales ne sont plus au beau fixe, l’aide publique au développement est considérée comme une dépense non essentielle au motif qu’elle serait peu efficace et peu soutenue par le public suisse. Les faits montrent le contraire. D’une part, la Suisse figure parmi les bons élèves au niveau international dans l’examen par les pairs, mené par le Comité d’aide au développement de l’OCDE. L’expertise de la Suisse, la prévisibilité et la flexibilité de son soutien sont très appréciées. Ses mécanismes d’assurance qualité sont solides. Sa capacité d’innovation pour faire face à des défis globaux tels que le changement climatique, la santé, les migrations est relevée. D’autre part, cette vision positive se retrouve dans le soutien accordé par le public suisse : en avril 2024, l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich a publié un sondage montrant que 88% de la population est favorable à une augmentation ou à un maintien des montants dédiés à la coopération au développement

Une réduction importante de ces moyens mettrait à mal la confiance que les partenaires portent à la Suisse, constituerait un dégât d’image irréversible aux yeux de la communauté internationale et laisserait de côté des personnes vulnérables dans les pays partenaires. Dans le contexte actuel de polycrise, la coopération internationale renforce les relations bilatérales et crée des alliances durables. Elle joue un rôle important dans la prévention des conflits en réduisant les inégalités et en renforçant les institutions. L’investissement dans l’éducation, les systèmes de santé, l’emploi, la gouvernance notamment, prévient l’émergence de tensions qui risquent de dégénérer en conflits armés. A long terme, la coopération internationale est un investissement rentable qui contribue à la stabilité globale.

Dans les pays partenaires, les coupes entraîneraient l’arrêt brutal et rapide de programmes qui bénéficient à de nombreuses personnes vivant dans des situations extrêmement précaires. Des études scientifiques montrent que les projets de développement ont un impact positif, et ce, dans des domaines très différents (éducation, santé, développement rural, etc.). Il est bien sûr toujours possible de présenter des échecs, mais l’histoire de la coopération internationale est plutôt celle d’une success-story. Malgré les résultats substantiels obtenus jusqu’ici, la coopération au développement gagnerait en efficacité si davantage de ressources financières étaient investies dans les régions les plus fragiles où chaque franc investi a un impact amplifié.

Réunies sous la bannière du Federeso, les sept fédérations cantonales de coopération internationale de Suisse latine regroupent plus de 250 organisations membres ayant leur siège en Suisse et actives en Afrique, en Amérique latine ainsi qu’en Asie. Ces organisations mettent en œuvre annuellement avec leurs partenaires locaux près de 300 projets de qualité financés en partie par des fonds publics de la Confédération, de neuf cantons et de plus de 100 communes. On estime qu’environ 1,5 million de personnes en bénéficient.

Les présidentes et présidents des fédérations cantonales appellent le Parlement à maintenir les financements et à soutenir une coopération internationale forte dans l’intérêt de la Suisse et de ses partenaires


POUR LE FEDERESO:FEDEVACO (VD), ANNE ROULET; FGC (GE), DOMINIQUE ROSSIER; FICD (JU-JUBE), OLIVIER GIRARDIN; FOSIT (TI), PETER SCHIESSER; FRIBOURG-SOLIDAIRE, KATIA AEBY & MARIE-PASCALE CLERC; LATITUDE 21 (NE), JEAN STUDER; VALAIS SOLIDAIRE, CHRISTIAN FRACHEBOUD