Philippe Beuret, Président d’Handicap Solidaire – www.handicapsolidaire.ch
Il y a 10 ans un atelier de fabrication de fauteuils roulants employant des personnes handicapées a vu le jour à Ouagadougou. Ses compétences et ses produits s’améliorent. Toutefois, à l’heure actuelle encore, la plupart des fauteuils roulants qui y sont produits sont financés de Suisse, et les commandes faites au Burkina restent (le plus souvent) essentiellement des tricycles, modèles produits déjà depuis des décennies dans le pays, ne permettant pas l’accès aux lieux et bâtiments publics. Que se passe-t-il ?
Dans le domaine chacun agit de son côté avec plus ou moins de connaissances : actions ponctuelles de charité, dons de fauteuils roulants usagés plus ou moins adaptés… Les principales actions de réadaptation en Afrique de l’Ouest ont été développées à partir des mutilés de guerre revenus de France et ont concerné jusqu’à aujourd’hui l’appareillage et les prothèses. Mais les personnes qui ne peuvent être appareillées et qui ont absolument besoin d’un fauteuil roulant pour leur mobilité font toujours du sur place et nous, malgré tous nos efforts, nous pédalons toujours un peu dans le vide, parce que les structures de soins n’offrent pas de services de réadaptation et les centres (de réadaptation) existant sont créés par des bonnes volontés ou des associations en dehors des systèmes de santé. Ainsi, de tous côtés, il ne faut pas s’étonner que l’on esquive un peu le débat sur la diffusion des fauteuils roulants à laquelle nous consacrons nos efforts… parce qu’elle ne paraît être du ressort de personne… et ceci bien que la réadaptation soit reconnue comme faisant partie des soins primaires et des droits fondamentaux.

Et pourtant, nous ne pouvons pas nous satisfaire d’arriver et de donner des moyens de mobilité à des personnes qui en ont besoin depuis 2, 5, 10 ou 20 ans. Il s’agit de trouver une entrée dans les réseaux de santé et tout faire pour que les personnes victimes de maladies ou d’accidents obtiennent un fauteuil dès le moment où elles en ont besoin.
Notre prochain défi est donc de créer un Service de mobilité, selon les recommandations de l’OMS, associé à un Centre de réadaptation à la mobilité en fauteuil roulant, et d’y apporter les connaissances récentes tout en cherchant à collaborer avec les centres de réadaptation existant dans le pays.