« La priorité est à donner à l’éducation »

L’association Solidarité Moutier-Suisse-Rwanda a adhéré à la Fédération interjurassienne de coopération et de développement en 2023. Elle a été créée par Gérard Fridez, en 2016, à la suite d’un voyage au “pays des mille collines”. L’organisation soutient le travail de la communauté des Sœurs du Christ Roi, qui gère une école maternelle et un centre de santé.

Après le décès de son épouse, il y a une dizaine d’années, Gérard Fridez se sentait un peu seul. Il s’est donc engagé aux côtés de l’organisation Nouvelle Planète. Il s’envole pour différents pays : “le Cameroun, Madagascar, la Roumanie, la Côte d’Ivoire … et le Rwanda », énumère-t-il.  Cette dernière contrée, il la connaissait déjà pour l’avoir visitée en 2002, en compagnie de sa défunte femme. Il y retourne donc en 2016 et découvre le travail des Sœurs du Christ Roi. Leur couvent est situé à Kigali, mais elles effectuent des missions à Karenge, une localité située dans la moitié Est du pays. « C’est une communauté originaire d’Italie qui est arrivée au Rwanda trois ou quatre ans après la fin du génocide. Outre l’apport d’un soutien alimentaire, elles apprennent la couture aux filles-mères et à d’autres jeunes qui n’ont pas les moyens de suivre des études. » Dans la description de ce pays, Gérard Fridez évoque une terre bucolique, mais également une contrée où règne une très grande pauvreté. Il décide de s’engager, « mais, on ne peut pas faire avancer une cause, si on est seul. »

Les Sœurs du Christ Roi.

51 sœurs composent la communauté des Sœurs du Christ Roi. Elles travaillent dans trois localités : 10 sont présentes à Kigali, trois à la montagne de Cyinzuzi et le reste de la communauté à Karenge, une localité de 20’000 habitant·e·s à très faible densité. Elles s’occupent d’environ 40 à 50 filles-mères et distribuent un repas quotidien à plus de 250 enfants.

L’association Solidarité Moutier-Suisse-Rwanda voit le jour en 2016. Gérard Fridez s’entoure d’un premier comité. L’association évolue, se renforce. Aujourd’hui, ce sont 9 personnes qui s’investissent dans le bon fonctionnement de l’organisation. « Nous avons également le soutien de nombreux bénévoles qui nous permettent d’avancer et ainsi d’aider efficacement le village de Karenge. Je suis encore impressionné par l’évolution de notre travail » se réjouit le président.

Concentration des forces

Actuellement, l’association concentre effectivement ses forces à Karenge, et les projets ne manquent pas. Citons pêle-mêle la création d’une école de boulangerie, d’une école de couture – qui a déjà formé une centaine de jeunes filles – le soutien à la scolarité, par des actions de parrainage et la construction d’une école comprenant 3 classes maternelles. “Maintenant, notre objectif est de construire une école primaire. » Pour la financer, ainsi que les autres projets, les membres du comité se démènent et participent à de nombreuses rencontres avec les églises, aux braderies ou encore tiennent des stands devant les grands magasins.

Myriame Beuret est la caissière de l’association. Elle a déjà eu l’occasion de visiter le Rwanda et de découvrir le travail des sœurs. « Elles m’ont montré tout ce qu’elles entreprenaient. J’ai visité l’école et les familles que nous parrainons, ou encore participé à l’organisation des repas. J’ai observé ce décalage entre ce qui existe et l’action que nous devons mener en Suisse. » Myriame, qui travaille à la commune de Châtillon, n’était pas venue les mains vides. « J’ai apporté de nombreux cahiers pour les enfants. J’ai appris également aux sœurs à cuisiner des tresses ».

Un projet d’école dans l’air

Au vu de l’expérience des membres du comité de l’association sur le terrain et notamment en ce qui concerne la difficulté du travail aux champs, Solidarité Moutier-Suisse-Rwanda envisageait l’achat d’une machine pour retourner la terre. « Mais les sœurs ont clairement exprimé leur souhait de donner la priorité à l’éducation des enfants », se remémore Gérard Fridez. En effet, depuis plusieurs années, un comité de gestion étudie la possibilité d’ouvrir une école primaire, qui ferait suite à la maternelle qui existe déjà. « Cette structure serait destinée aux enfants dont les parents n’ont pas les moyens d’assurer le financement de la scolarité. Cela coûte cher, entre les fournitures scolaires et les uniformes à acheter. » Cet objectif est devenu un des fers de lance de l’association : « Sans éducation, il n’y a pas d’avenir. »

Toutefois, le comité de Solidarité Moutier-Suisse-Rwanda relève qu’il existe de nombreuses contraintes légales en matière de construction sur place. Il est notamment demandé de construire un bâtiment sur deux étages ou encore d’avoir une place de sport. Et pour que l’État participe ensuite aux frais de fonctionnement, l’association doit respecter ces exigences. Positive et déterminée, le dernier mot revient à Myriame Beuret, qui souligne les effets d’une telle solidarité : « Ensemble, l’impossible devient possible ! »


Bruce Rennes ● Chargé de projets FICD – Le 28 janvier 2025