L’invité : Barthélemy Sam

Bruce Rennes, Chargé de projets FICD – www.ficd.ch

«Je suis en perpétuelle découverte !»

Né en 1979 en Côte d’Ivoire de parents burkinabés, Barthélemy Sam est retourné dans son pays d’origine en 2001, pour y effectuer ses études universitaires. Économiste, il a rejoint les rangs d’E-CHANGER en tant que coopér-acteur Sud-Sud. Il préfère qu’on l’appelle Sam, « c’est plus court et plus facile à retenir », précise-t-il. Depuis le mois de septembre, Sam participe à un projet pilote d’échange de personnes en devenant l’un des premiers coopér-acteurs Sud-Nord, avec pour mission d’appuyer la FICD dans différentes activités.

Sam, comment es-tu devenu coopér-acteur Sud-Sud d’E-CHANGER ?

En 2012, ce poste a été publié dans les médias au Burkina Faso. J’arrivais à la fin d’une mission, j’ai donc postulé. Le projet était novateur. Habituellement, on te recrute dans le cadre d’un projet. En ce qui concerne le fonctionnement d’E-CHANGER, je suis devenu le projet et la mise en place d’un appui Sud-Sud était réellement novatrice. Je voulais mettre à disposition mes compétences en renforçant une organisation locale partenaire (l’Association Nodde Nooto (A2N) – Association Prêt à Servir) d’E-CHANGER. Le recrutement a eu lieu en bonne et due forme via un cabinet d’étude mandaté pour l’occasion.

De quelle manière est venue cette idée d’appui Sud-Nord ?

En mai 2013, une tentative de projet a été mise en place pour appuyer une coopér-actrice d’E-CHANGER active au Burkina et qui devait rentrer en Suisse pour son congé de mi-contrat. L’objectif était de l’accompagner et d’intervenir lors de ses différentes actions de sensibilisation en Suisse. Toutefois, le délai pour réaliser ce voyage était trop court. Les responsables d’E-CHANGER ont trouvé qu’il fallait prendre du recul pour apporter plus de pertinence à ce projet, avec des objectifs renforcés et des actions plus pointues. Dès le mois d’avril 2014, le projet est redevenu d’actualité, avec une réflexion portée davantage sur un appui de type Sud-Nord. Ma sélection s’est faite en raison de cette première tentative de venir au Nord. De plus le Burkina Faso est le seul pays francophone d’intervention d’E-CHANGER et mon pays venait d’être accepté dans l’alliance COMUNDO 2014-2016.

Quelles ont été tes motivations pour participer à cette expérience ?

J’ai trouvé les objectifs de cette expérience Sud-Nord intéressants et pertinents. D’une part, il est important de prouver que les interlocuteurs du Sud ont des compétences qui peuvent être utilisées pour parfaire les connaissances des organisations du Nord. D’autre part, je trouve intéressant de comprendre les réalités vécues par toutes les personnes actives au Nord.

Comment t’es-tu préparé au départ ?

Sur le plan familial tout d’abord, je vis avec une femme qui me comprend et qui accepte ma mobilité professionnelle. Nous avons l’habitude d’être régulièrement séparés. La semaine, je vais travailler au Nord du pays (265 km) de la capitale Ouagadougou et je ne rentre chez moi qu’en fin de semaine. Lorsque cette proposition est arrivée, nous avons discuté ensemble, nous avons évalué cette opportunité et pour finir mon épouse m’a encouragé à participer à cette expérience. Nous avons mis en place les mesures nécessaires pour faciliter cette absence. D’un point de vue personnel, j’ai l’avantage d’avoir une forte interaction avec les partenaires d’E-CHANGER, que ce soit lors des nombreuses rencontres formelles, pour discuter des projets qui nous lient, ou lors d’occasions informelles, le partage d’un repas, par exemple. Cette interaction se ressent au niveau des volontaires. On se connaît tous, on se fréquente. J’ai eu le soutien de plusieurs volontaires suisses pour préparer mon départ. Ensuite, depuis l’école jusqu’à mes premiers contrats de travail, je suis habitué à ces défis. J’ai très souvent quitté mon cadre familial pour aller travailler. Je suis en perpétuelle découverte. J’aime apprendre et découvrir en variant mes activités. Grâce aux bonnes relations entre l’organisation partenaire et E-CHANGER, il n’y a pas eu d’inconvénient à me laisser partir sur une longue période.

Tu as rencontré plusieurs organisations membres de la fédération, quelles sont les différences avec celles que tu fréquentes sur le terrain ?

Au Burkina Faso, je ne connais que des organisations professionnelles. On retrouve de grandes ONG’s telles que Terre des Hommes, Helvetas ou Action de Carême. Il s’agit d’organisations pointues avec d’importants moyens pour mener des projets avec un suivi régulier de leurs partenaires. Elles bénéficient d’un dispositif permanent sur place, qui fonctionne avec des collaborateurs formés dans les domaines de la gestion de projets. La plupart des projets soutenus par la FICD sont menés par des associations composées de bénévoles avec des budgets bien plus limités. Il est donc important de les soutenir dans leurs démarches en leur proposant, via des formations, des coachings ou des ateliers, des outils efficaces pour mener à bien leurs actions.

À quelques jours de la fin de ton mandat en Suisse, quelles sont tes impressions ? Que retiendras-tu ?

Sur le plan professionnel et de l’expérience vécue, je pense avoir apporté des éléments en terme de renforcement et d’appui, mais j’ai également appris beaucoup de choses. En renforçant mes compétences en Suisse, je vais en faire bénéficier l’organisation pour laquelle je travaille au Burkina Faso. Je vais étudier ce que je peux améliorer dans le domaine de la communication et de la visibilité de l’association. Cette mission sert à éveiller les consciences, à faire comprendre aux organisations partenaires du Sud les attentes et les résultats attendus par les bailleurs du Nord. L’argent injecté dans les projets doit être utilisé efficacement au vu des difficultés de récoltes de fonds qui s’opèrent au Nord. Je pourrai lutter contre les préjugés et donner des informations de base aux personnes en relations avec des bailleurs du Nord, expliquer les réalités et montrer que la situation n’est pas aussi rose.

Quelles habitudes « suisses » comptes-tu adopter ?

Avec la planification de la moindre activité, je constate que l’on prend une longueur d’avance sur le temps. Les portions d’improvisation sont infimes, ce qui permet d’être rationnel et d’atteindre plus facilement les objectifs. Cette organisation est un peu figée, on perd un peu de flexibilité. Il est difficile de décaler un interlocuteur qui tient absolument à son agenda. Je vais sans doute intégrer cette planification mais pas forcément à 100 % comme un Suisse, la vie n’est pas mathématique. Il convient d’être flexible dans sa programmation.