L’expérience du Groupe Nica avec La Trinidad

Par André Parrat, membre du groupe Nicaragua de Delémont – www.groupe-nica.ch

Le Groupe Nicaragua soutient depuis 1985 le jumelage entre Delémont et La Trinidad, au Nicaragua. Dans les années 80 – en pleine période de révolution sandiniste – les initiateurs de ce jumelage voulaient concrètement appuyer un développement fondé sur les principes fondamentaux de cette révolution : la réforme agraire, l’éducation et la santé accessibles à toutes les couches de la population et en particulier – évidemment – la plus pauvre.

Au cours des premières années, des dizaines de jeunes jurassiens se sont rendus sur place, à leurs frais, en apportant les fruits de leurs récoltes d’argent menées dans notre région. S’ils ont certes amené un petit plus dans les travaux au sein desquels ils s’inséraient, ils ont surtout tissé avec leurs amis nicaraguayens des liens forts, toujours vifs aujourd’hui. Chaque année ou presque, des membres du Groupe Nicaragua se rendent à La Trinidad, rapportant des témoignages relatifs aux nombreux projets soutenus qui, pour la plupart, ont été menés à bien. Des citoyens nicaraguayens ont également fait le déplacement de Delémont. Grâce aux informations continuelles qui ont été diffusées, les jurassiens connaissent pour la plupart le Groupe Nica, La Trinidad, et les projets menés. Ils bénéficient ainsi d’une prise directe avec la réalité du Sud avec, en corollaire une sensibilisation continue aux rapports Nord-Sud.

Les enjeux du développement vus par la lorgnette du Groupe Nica sont multiples et pour l’essentiel nous pouvons citer :

  • La durée de près de 30 ans de solidarité (une génération !) entre deux villes d’ici et de là-bas permet d’être reconnus comme acteurs sérieux de (micro)-projets de développement (la ville de Delémont et la FICD sont les principaux bailleurs de fonds) et d’assurer au Nord des informations directes en provenance du Sud, en prise avec la réalité quotidienne des plus pauvres.
  • Cette durée a favorisé l’émergence de partenaires institutionnalisés sur place (l’administration communale dès le début puis de manière crescendo une association très active : le Movimiento comunal (http://www.facebook.com/#!/mcnlatrinidad?fref=ts, section La Trinidad). Voir aussi http://www.mcnicaraguense.org.
  • Le jumelage Delémont – La Trinidad a permis à un grand nombre de jeunes (et désormais aussi de moins jeunes) de vivre et de concrétiser un idéal de solidarité. Sur place, au Sud, il a favorisé l’engagement volontaire de nombreuses personnes et l’organisation communautaire de plusieurs centaines de familles en lutte pour des conditions de vie plus dignes. Malgré la fin de la révolution sandiniste en 1990, cet idéal au Nord et ces engagements au Sud ont perduré en dépit du repli sur soi qui caractérise notre époque.

Et si l’un des enjeux du développement était de faire vivre concrètement la solidarité et de contrecarrer l’individualisme, au Nord comme au Sud ?