Par Bruce Rennes, Chargé de projets FICD – www.ficd.ch.
Le rapport annuel 2013 sur la Coopération internationale de la Suisse est paru en juin. Publié conjointement par la Direction du développement et de la coopération (DDC) et le Secrétariat d’État à l’économie (SECO), il donne un aperçu des principaux résultats de l’action menée par la Suisse en matière de lutte contre la pauvreté. Ce document détaille également plusieurs aspects de l’évolution de l’Aide Publique au Développement (APD) depuis soixante ans.
L’histoire de la coopération au développement est divisée en cinq tendances, fragmentée par décennie depuis les années cinquante. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les évolutions constatées sont progressives tant au niveau des buts poursuivis que des positions de ses acteurs. Les principales lignes directrices des institutions internationales ont progressivement évolué de la modernisation et de la satisfaction des besoins fondamentaux à une politique visant à atteindre des objectifs du Millénaire pour le développement. Ces changements sont les conséquences directes d’une phase d’apprentissage qui nécessite de s’adapter aux différents besoins et à la forte disparité des pays bénéficiaires. Les trois premières décennies de l’aide au développement sont marquées par des mesures d’injection de capitaux, sans se préoccuper de résultats durables pour les populations. Endettement, déséquilibre des relations commerciales, déstabilisation politique ou exploitation abusive de l’environnement sont quelques-unes des conséquences néfastes de ces injections de capitaux pour les pays soutenus.

Aide publique au développement (source DDC). Cliquez sur l’image pour ouvrir le PDF
Un tournant débute dans les années nonante. Le concept de développement durable « aider à s’aider soi-même » est alors défini. C’est-à-dire que tout projet de coopération ne doit être mis en œuvre que si le groupe de population bénéficiaire et les autorités locales peuvent influencer et participer à la conception du projet. L’aide financière internationale s’intensifie, l’APD a augmenté de près de 36 % en termes réels entre 2004 et 2010. Après deux années de baisse consécutives, l’APD nette en provenance des vingt-huit pays membres du Comité d’aide au développement (CAD) de l’Organisation de Coopération et de Développement (OCDE) a atteint, en 2013, le nouveau record de 134.8 milliards de dollars.
Contribution financière de la Suisse à l’ADP
L’OCDE rappelle, dans un bref historique, que l’objectif international le plus connu est de loin celui qui vise à porter l’aide publique au développement (APD) à 0.7 % du revenu national des donneurs. Cet objectif découle d’une proposition présentée à la communauté internationale par le Conseil œcuménique des Églises en 1958 : transférer 1 % du revenu des pays donneurs aux pays en développement. La définition du numérateur et du dénominateur a été affinée tout au long des années soixante et tous les pays et organismes alors membres du CAD ont approuvé cet objectif en 1968.
En 2013, la Suisse (Confédération, Cantons et communes) a versé près de 635 millions de francs à l’APD, soit 0.47 % du Revenu National Brut (RNB), une proportion relativement stable depuis 2011. Toutefois, cela correspond à une augmentation de 99 millions de francs entre 2012 et 2013. La Suisse se classe en huitième position de l’aide au développement, bien loin de la Norvège qui consacre 1.07 % de son RNB à l’aide au développement.
Du côté des dons privés des ONG, l’apport en pourcentage par rapport au Revenu national brut est relativement stable depuis les années 2000 (0.07 %). Toutefois, cela se traduit par une augmentation de 171 millions de francs entre 2000 et 2012. Les fondations privées sont des acteurs de plus en plus présents dans le domaine.
La coopération génère des retombées économiques importantes
L’APD n’est pas qu’une simple aide directe aux pays bénéficiaires. Le rapport « Retombées économiques de l’aide publique au développement en Suisse » rappelle que chaque franc suisse dépensé au titre de l’APD a généré, en moyenne pour l’année 2010, des retombées de 1.55 CHF sur le Produit intérieur brut (PIB) suisse. Autrement dit, les 2,4 milliards CHF dépensés en 2010 au titre de l’aide ont entraîné un revenu de l’ordre de 3,6 milliards CHF pour l’économie suisse. L’impact sur le marché du travail est évalué à 25’000 emplois à plein temps.
Les organisations non gouvernementales (ONG) dans notre région
En Suisse, environ 1’500 ONG sont actives dans le domaine de la coopération internationale. Elles sont financées surtout par des dons et par l’APD. Le seul Fédéréseau, qui rassemble les fédérations cantonales latines de coopération au développement, regroupe environ 245 associations, 8’175 bénévoles, 1’875 projets et 5 millions de bénéficiaires.

Statistiques Fédération interjurassienne de coopération et de développement. Cliquez sur l’image pour ouvrir le PDF
Il n’existe pas de statistiques officielles détaillées sur le nombre d’associations actives dans le Jura, le Jura bernois et le district bilingue de Bienne, zones d’activités de la Fédération interjurassienne de coopération et de développement (FICD). Toutefois, les archives de la Fédération et les coupures de presse des vingt dernières années donnent une première indication. On dénombre environ cent vingt associations existantes ou ayant existé. Une septantaine serait encore active. Ces chiffres non exhaustifs ne prennent en compte que les associations constituées. En parallèle des organisations, il existe un « tissu humanitaire » constitué de dizaines d’initiatives de récoltes de dons de particuliers, par exemple, sans fondement statutaire.
L’engagement africain des ONG jurassiennes
Depuis vingt ans l’influence de l’Opération Villages Roumains se reflète encore dans les statistiques. Les projets (à l’initiative de groupes ou d’associations constituées) menés ou ayant été menés en Roumanie représentent 10.2 % des actions de coopération et de développement. Toutefois, l’engagement des associations de notre région se déplace dorénavant vers les pays du Sud. Toujours à la lecture des archives de la fédération et de la presse régionale, deux grandes zones géographiques sont clairement identifiées : 38 % des projets ou initiatives concernent l’Afrique et 16.9 % l’Amérique latine.
Une région solidaire
La fondation de la FICD en 1994, puis l’obtention d’un fonds de projets en 2009, ont contribué à l’évolution de l’aide au développement de notre région. Ainsi, sur la période 2009-2013, la FICD a soutenu des projets à hauteur d’environ 894’000 francs. La provenance de cette somme est répartie diversement entre la Confédération, les cantons du Jura et de Berne et la commune de Delémont. Dans le même temps, les associationsmembres de la FICD ont su mobiliser pour les projets validés par la Commission technique de la FICD environ 2.7 millions de francs. Cette somme comprend les ressources propres de l’association, issues de l’organisation de manifestations (bancs, soupers, donations diverses, etc.) et de l’apport de bailleurs, autres que la FICD.
Ces statistiques financières de bases, uniquement sur les projets soutenus par notre Fédération, ne reflètent pas suffisamment la réalité de la générosité et de l’engagement de la population de notre région. Toutefois ces chiffres offrent un premier aperçu de la solidarité et de l’apport des acteurs de la société civile à la coopération et au développement. Quotidiennement la presse relate nombre d’initiatives en faveur des plus défavorisés, que cela soit en Suisse ou dans les pays du Sud. C’est à la Fédération interjurassienne de coopération et de développement de développer des synergies entre ces différentes actions afin de répondre pleinement à l’Axe A de notre plan stratégique 2013-2016 « renforcement des compétences et des liens du réseau des acteurs du développement ».