L’association se dissout après 21 ans d’activités au Burkina Faso

Par Sarah Tschan, Groupe de Soutien Toézouri – www.toezouri.ch

Des dizaines de projets d’aide au développement ont été réalisés à Toézouri depuis 1993 sous l’impulsion d’une association basée à Evilard. Les principaux objectifs ayant été atteints, ses membres ont décidé de mettre un terme à cette aventure humaine et solidaire.

Avec son ami suisse Walter Bigler et quelques citoyennes d’Evilard engagées, le pasteur Michel Nikiéma a concrétisé un rêve : celui d’améliorer les conditions de vie dans son village natal d’Afrique subsaharienne. En 2013, les cotisations des 145 membres et autres subventions privées ou publiques ont permis de verser plus de 12’000 francs à Toézouri. Ses objectifs quasiment atteints et sans réelle perspective de relève, le comité a pris à l’unanimité la décision de dissoudre la structure bénévole.

Des résultats somme toute positifs

Durant plus de vingt ans, la sécurité alimentaire a été assurée à vingt villages situés autour de Toézouri. « L’aide financière a respiré, témoigne le pasteur Nikiéma. Ses bénéfices rayonnent dans toute la région ! » Si chaque action entreprise génère de nouveaux besoins, l’autosuffisance semble être en bonne voie grâce à la construction en 2011 de la retenue d’eau Viim-Kuilga (« rivière de vie » en langue Mooré). Après de longs mois d’études de faisabilité et de récoltes de fonds, l’ouvrage hydraulique – dont les 450’000 m3 étaient remplis en 2013 grâce à d’abondantes précipitations – permet aujourd’hui la pratique du maraîchage. L’irrigation des terres augmente le rendement et la diversité des récoltes.

La retenue d’eau Viim-Kuilga permet la pratique du maraîchage et l’augmentation du rendement et de la diversité des récoltes.

Prévu en aval de la digue, et pensé comme finalisation de celle-ci, l’aménagement d’un périmètre irrigué restera peut-être le seul regret de cette aventure. Un dernier projet abandonné à contrecœur malgré la promesse de financement de la Fédération interjurassienne de coopération et de développement (FICD) à hauteur de 50 %. Principale raison de cet échec : la mésentente des propriétaires terriens sur la répartition des terres. Différentes tentatives de médiation n’y ont rien fait. Faute de perspectives concrètes, 12’500 francs engagés par la FICD ont ainsi dû être remboursés pour clause de contrat non respectée.

Les fruits de Viim-Kuilga

Ce revers n’a toutefois pas empêché les paysans de tirer parti des ressources du barrage. Fabriqués de manière artisanale, des réseaux de canaux leur permettent d’irriguer plus de 86 ha. De retour d’un séjour à Toézouri en début d’année, Regina Patrizzi, médecin à Winterthur, a pu constater les retombées positives du projet. Papayers, bananiers, pommes de terre, aubergines ou encore oignons poussent désormais en quantité sur les rives de Viim-Kuilga. Une fois récoltés, ces fruits et légumes, mais aussi les poissons pris dans les filets des pêcheurs sont vendus sur les marchés. Autant de sources de revenus qui rendent la population de cette région pauvre et aride moins vulnérable. En début d’année, Regina Patrizzi a dénombré 85 familles cultivant des parcelles à proximité du plan d’eau. Parmi celles-ci, près de la moitié provenait de onze hameaux voisins.

La scolarisation comme fer de lance

Dans cette dynamique sociale, les femmes jouent un rôle majeur. Des microcrédits leur ont permis de démarrer des activités lucratives, en exploitant un lopin de terre ou en créant un petit commerce. Aujourd’hui, certaines parviennent ainsi à assurer de manière autonome un revenu à leur famille.

Lors de sa création en 1993, le Groupe de soutien s’était fixé pour objectif de garantir une formation à tous les enfants de Toézouri. Un projet prioritaire pour l’enseignant et président de l’association Walter Bigler. Résultat, en 2014, la quasi-totalité des enfants bénéficie d’un enseignement primaire et secondaire.

Et après ?

Conformément à la décision de l’assemblée générale, après avoir réglé les derniers frais pour l’année scolaire en cours et les salaires des mandataires, le solde restant sera attribué à un projet bénéficiant à l’ensemble des villageois. Par exemple, une formation des paysans aux techniques maraîchères, à l’entretien du barrage ou au développement de l’agroforesterie entre les milliers d’arbustes plantés par une quinzaine de jeunes suisses et burkinabés en 2002. « À l’avenir, Toézouri et sa région pourront continuer à se développer en s’appuyant sur le terreau des réalisations entreprises ces vingt dernières années, rassure Walter Bigler. Connu pour être le pays des projets, le Burkina Faso peut par ailleurs compter sur de nombreuses ONG et organisations étatiques qui apportent des aides financières et matérielles ponctuelles.»