Editorial : Le changement climatique, une réalité qui exerce une influence sur la coopération Nord-Sud

Jean-Pierre Sorg, membre de la Commission technique de la FICD – www.ficd.ch

Ce numéro du Bulletin d’information de la FICD est presque totalement consacré à la question du changement climatique. Ce thème est de la plus haute importance pour l’avenir de la planète et de ses habitants : réchauffement général, fonte des glaces, élévation du niveau des mers, accroissement des extrêmes climatiques (canicules notamment) en sont quelques symptômes mesurables aujourd’hui déjà. Si rien n’est entrepris pour atténuer le phénomène, les conditions de vie d’une partie importante de la population du globe changeront de manière drastique, notamment en raison de modifications profondes des conditions de la production agricole.

Même si de nombreux pays font de la lutte contre le changement climatique un thème politique prioritaire, même si les conférences internationales se succèdent dans le but de coordonner les efforts, force est de constater que les pays du Nord et les pays émergents, les plus grands contributeurs à l’émission de gaz à effet de serre, ne cherchent pas des solutions chez eux seulement mais essaient d’exporter le problème. Pour maintenir un mode de vie largement basé sur la consommation d’énergie fossile, il est en effet tentant de monter des opérations visant à compenser les émissions locales par des contributions financières à des pays du Sud pour accroître les puits de carbone dans ces régions. Des montants considérables, se chiffrant en dizaines de milliards de dollars, sont d’ores et déjà réservés dans ce but. Une partie de ces sommes pourrait être prélevée, à l’avenir, dans les budgets de la coopération au développement. Un comble, qui donne une mesure de l’égoïsme ambiant sur le plan international !

Aujourd’hui, tous les programmes de coopération placent la lutte contre le réchauffement climatique parmi les priorités. Les domaines de l’agriculture et de la foresterie sont particulièrement concernés et pourraient bénéficier d’une partie notable des sommes annoncées. Accorder une plus grande place à l’agroforesterie, par exemple, ou à la lutte contre la déforestation et la dégradation des massifs forestiers tropicaux est certes louable et va incontestablement dans le bon sens, mais à deux conditions : d’une part que ces contributions ne permettent pas aux pays du Nord et aux pays émergents de continuer impunément à polluer l’atmosphère, d’autre part que les considérables flux financiers annoncés arrivent à leurs véritables destinataires : les populations rurales, auxquelles de grands efforts seront demandés. Sur ces deux plans, force est de constater que l’on est encore loin du compte.