Par Reto Gmünder, expert FICD – www.ficd.ch.
« Quand les Blancs viendront-ils enfin développer notre village ? » Cette phrase, entendue au détour d’une conversation au Cameroun, illustre bien le flou qui règne parfois autour de la notion de développement. S’agit-il vraiment d’une réalité que l’on peut importer (voire imposer) de l’extérieur ? Une « modernisation » que l’Occident se doit d’implanter dans le reste du monde ? Le rattrapage d’un « retard » qui peut être comblé par un transfert de savoirs, de technologies ou d’infrastructures ?
Depuis le début du millénaire, une compréhension plus neutre et moins ethnocentrique du développement semble s’imposer. On parle de « réduction de la pauvreté», notion que toute organisation engagée dans le domaine se doit d’afficher parmi ses principes. Les Objectifs du Millénaire en tracent les contours. Pourtant, alors que l’on réfléchit déjà à « l’après 2015 », certaines questions font encore débat. La pauvreté est-elle uniquement d’ordre matériel, mesurable en termes de PIB ? Quelles sont les stratégies adéquates pour réduire les inégalités et mettre fin à la pauvreté ?
Pour les uns, le soutien ciblé aux populations désavantagées devrait permettre de briser le cercle vicieux de la pauvreté. L’accent est mis sur le droit à l’éducation, à la santé et à la sécurité alimentaire, sur l’accès à l’eau et à la propriété foncière. Pour d’autres, ce sont les structures nationales, économiques et politiques, qui doivent être rendues plus favorables aux pauvres. Sans « bonne gouvernance », sans Etat démocratique ni marché inclusif, aucun changement ne peut être fructueux à long terme. Un troisième groupe insiste finalement sur la dimension globale des mécanismes liés à la pauvreté. En ligne de mire : le commerce international, l’influence des multinationales (agroalimentaires, minières, etc.), les transferts financiers et les politiques fiscales.
Trois points de vue qu’il ne s’agit pourtant pas d’opposer. Ensemble, ils forment les dimensions complémentaires d’une stratégie multiforme et globale prenant en compte des aspects de plus en plus nombreux et complexes : genre, environnement, nouvelles technologies de l’information, cultures et religions, ainsi que l’entrée en scène de nouveaux acteurs globaux : Chine, Inde, Brésil. Il n’est dès lors plus possible de travailler de manière cloisonnée, selon une approche unilatérale, avec des oeillères idéologiques ou doctrinales.
A l’avenir, il s’agira de créer des ponts entre projets, entre approches et entre acteurs sociaux au Nord comme au Sud. Nous ne voulons pas simplement « développer » tel ou tel village là-bas. Nous voulons « développer » ensemble notre village planétaire