En février 2025, Jean-Pierre Ndianyama est parti en République Démocratique du Congo, non pas pour visiter le projet de son association, mais pour y enseigner. Toutefois, la situation sécuritaire du pays a eu une influence sur son voyage et bien évidemment sur la construction de l’hôpital géré par Congo.Ju.
Chaque début d’année, l’abbé Jean-Pierre Ndianyama, qui officie dans le Jura Pastoral, se rend en RDC pour donner des cours à l’Institut supérieur pédagogique technique de Kinshasa. L’établissement forme des enseignants, mais également de futurs managers. Cela concerne des jeunes filles et des jeunes garçons de 19 à 21 ans environ, qui ont terminé leur maturité et qui entreprennent des études supérieures. « Je donne notamment des cours de management-marketing, de création d’entreprise ou d’entreprenariat », éclaire-t-il. Une mission bénévole qui est, en quelque sorte, une redevabilité envers son diocèse d’origine et envers son pays. Qui plus est, il paie de sa poche ses billets d’avion et son séjour sur place. « J’ai pu effectuer mes études en Belgique grâce à eux. J’ai étudié les sciences commerciales et financières, la création d’entreprise, l’agrégation qui m’habilite à enseigner. On trouvait donc dommage que je ne puisse pas transmettre mes acquis à mon pays. » Ce travail lui tient à cœur, considérant qu’en RDC on forme surtout de potentiels salariés, alors qu’il faudrait davantage de créateurs d’entreprise capables d’apporter une véritable plus-value au pays.

Le prix du ciment explose
Les semaines précédant son départ, la situation sécuritaire au Congo s’était nettement dégradée. « Mais je devais y aller quoi qu’il arrive, je n’ai pas d’autre espace dans mon agenda et il est important de ne pas perturber l’organisation sur place. » Si ce voyage n’est pas particulièrement dédié au projet de l’association Congo.Ju, dont il est l’un des fondateurs, Jean-Pierre Ndianyama organise les contacts nécessaires pour faire avancer le projet. « En février, je ne me rends jamais sur place, ce sont des frais en plus, notamment en termes de transport et d’hébergement. Donc, j’organise plutôt une rencontre avec le coordinateur du projet qui me rejoint à Kinshasa. »
Le projet est situé dans le Kasaï Oriental, au centre de la RDC. Si la région n’est pas directement touchée par la guerre en cours – l’agression rwandaise, en cours actuellement en RDC -, elle n’en subit pas moins les conséquences. Le responsable de Congo.Ju explique qu’il n’existe pas de production locale dans le pays. Il n’y a pas de manufacture pour les clous, le ciment, la tôle ou encore la peinture. Les biens proviennent donc de l’étranger. « Notre zone d’intervention est enclavée et dépend fortement des autres régions. Les marchandises ou le matériel dont nous avons besoin transitent par des contrées en guerre. Quand ils nous arrivent, c’est avec des prix qui explosent et des retards dans les livraisons », détaille l’abbé. À titre d’exemple, il souligne que le sac de ciment, qui se négocie à 10-15 dollars dans la capitale, dépasse les 40-45 dollars dans le Kasaï.
Soldats étrangers au cœur de Kinshasa
À Kinshasa même, la situation est également compliquée: « quand j’y étais, on évoquait un possible coup d’État. Il y avait donc des checkpoints à différents endroits, ce qui complexifie les déplacements d’une population qui vit au jour le jour. C’est-à-dire que le matin, les gens se lèvent et doivent absolument trouver de quoi manger dans la journée. C’est une économie de survie. » Jean-Pierre Ndianyama relève que cela fait plusieurs années qu’il y a la guerre en RDC, mais que, pour la première fois, les militaires rwandais ont franchi ostensiblement la frontière ; ce qui a intensifié le sentiment de peur. « On a découvert des soldats infiltrés au cœur de la capitale, on avait peur de ce coup d’état. »
De retour en Suisse, l’abbé ne se laisse pas démoraliser, malgré les conditions plus rudes qu’il y a rencontrées par rapport à ses derniers voyages. Il prévoit déjà son voyage de juillet. Cette fois, pour y visiter le projet de l’association, qui concerne la construction d’un bloc opératoire pour le centre hospitalier de l’ONG. « Aujourd’hui, nous avons de l’argent pour terminer le bâtiment, mais avec l’augmentation des prix, on aura certainement un problème pour le financement des équipements. Mais, c’est de notre responsabilité d’aller au bout du projet et de trouver les solutions adaptées », conclut-il.
Bruce Rennes, chargé de projets de la FICD, 30 avril 2025
