Bruce Rennes, chargé de projets de la FICD – www.ficd.ch.
Fin novembre, à Paris, les délégations de 195 pays des Nations Unies tenteront de trouver un accord international sur le climat à l’occasion de la vingt-et-unième Conférence sur les changements climatiques, quarante-trois ans après la première conférence de Stockholm. Comme toujours, ces négociations, éminemment politiques, seront complexes, tant les enjeux divergent. Toutefois, la réalité du terrain ne ment pas et elle est chaque année de plus en plus critique.
La France accueille dans sa capitale la prochaine Conférence mondiale portant sur les changements climatiques. «Paris Climat 2015», aussi appelée «COP21», doit aboutir à un accord durable pour l’environnement en engageant tous les pays dans une action commune pour limiter le réchauffement climatique. COP21 se déroulera du 30 novembre au 11 décembre 2015. Par le passé, ces conférences, bien que pleines d’ambition à l’ouverture, ont abouti sur des pactes minimaux et décevants. Les accords conclus à Lima en 2014 en sont un exemple parfait : entre des promesses non tenues et un fossé qui se creuse entre les états industrialisés et les pays en voie de développement, la méfiance est désormais de mise dans chaque camp.

Les pays du Sud en première ligne du changement climatique
Le changement climatique, dont les causes sont régulièrement débattues dans les médias, a des conséquences dramatiques pour l’homme (déplacements de population, effets sur l’agriculture, sécheresses, inondations, etc.), la flore et la faune (extinction d’espèces).
À Paris, les pays du Sud, plus vulnérables au changement climatique, auront comme enjeu de faire bouger les pays industrialisés pour mobiliser des moyens financiers. En 2009, à Copenhague, l’engagement avait été pris de rassembler un «Fonds vert» de 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020 en faveur des pays en développement. Seuls trente milliards environ ont été versés entre 2010 et 2012. En 2014, le «Fonds vert» a tout juste dépassé le cap des 10 milliards de dollars. Il reste donc du chemin à parcourir pour atteindre les objectifs. Continent le plus concerné, l’Afrique n’a pas le choix et doit trouver des moyens financiers considérables pour s’adapter à un changement climatique dont elle n’est pas la cause. Les délégations africaines devront être très vigilantes à l’engagement financier des pays industrialisés, ainsi qu’aux garanties apportées. De leur point de vue, l’accord doit être contraignant et les moyens financiers démultipliés. Les besoins avaient été évalués entre 7 et 15 milliards de dollars par an. Or, à ce jour, les contributions en faveur du continent oscillent entre 1 et 2 milliards. La réussite de COP21 passe donc par un réel engagement en faveur des pays africains pour obtenir leur adhésion
L’engagement suisse
La Direction de la coopération et du développement (DDC) et le Secrétariat à l’économie (SECO) ont édité un rapport intitulé « La coopération suisse au développement dans le domaine du changement climatique 2000-2012 ». Ce document évalue dans quelles mesures les interventions de la DDC et du SECO ont atteint les objectifs escomptés. Pour cela, des experts indépendants ont procédé à une analyse portant sur les années 2000 à 2012. Évaluer le portefeuille de projets menés par les deux organismes dans le domaine du changement climatique et sur une aussi longue période fut une tâche ardue. Le rapport conclut sur des interventions aux résultats positifs significatifs.
Via l’Office fédéral de l’environnement (OFEV), la Suisse a été le premier pays à soumettre sa contribution officielle au Secrétariat de la Convention Climat, en amont des prochains travaux de COP21. Ainsi, le 27 février 2015, la Confédération helvétique indiquait vouloir réduire de 50% ses émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 2030, par une réduction de 30% des émissions sur son territoire national et de 20% grâce à des projets de compensation à l’étranger. En sus, la confédération a édité un document intitulé « Position de la Suisse sur un cadre pour un développement durable après 2015 » qui précise la position officielle de la Suisse au sein des débats internationaux sur la définition d’un agenda de développement durable pour l’après-2015 [Lire le bulletin d’information de la FICD n°21, septembre 2013].
En revanche, d’un point de vue financier, la Suisse a précisé qu’elle décompterait sa propre contribution en faveur du climat dans les pays du Sud – entre un demi-milliard et 850 millions de francs – de son budget alloué à l’aide au développement. Un procédé qui fait débat entre les six principales œuvres d’entraide suisses, réunies au sein d’Alliance Sud, et la direction de l’Office fédéral de l’environnement. Les premiers estiment inconcevable de mettre en concurrence les projets « classiques », liés à l’aide au développement (alimentation, formation, santé), et ceux liés au climat. Du côté de la Confédération, on indique que le climat devient un enjeu de solidarité internationale et que, par conséquent, il s’agit d’une réorientation stratégique de l’Aide publique au développement (APD). La Confédération ajoute que, par une augmentation graduelle des sommes allouées, le budget de l’APD devrait atteindre le seuil de 0.5 % du revenu national brut (RNB) en 2015.
Les enjeux environnementaux à la FICD
La Fédération interjurassienne de coopération et de développement (FICD) n’a pas établi de priorités pour les thèmes d’intervention des projets auxquels elle apporte sa contribution. Toutefois, sur les trente projets passés entre les mains des experts de sa Commission technique, plusieurs d’entre eux proposent des volets environnementaux qui participent directement ou indirectement à atténuer les effets du changement climatique. Ces dossiers, très pointus, concernent notamment des actions de reboisement destinés à réhabiliter des cours d’eau asséchés, de préservation de forêts primaires, de construction de fours solaires ou encore des programmes de formation en faveur d’une agriculture durable.
Malgré toutes les difficultés, ces projets, portés par des hommes et des femmes obstinés, ont pour objectifs communs d’améliorer les conditions de vie des populations du Sud et de protéger la faune et la flore. Formulons le vœu que toutes les actions entreprises par les ONG’s puissent inspirer les délégations internationales de COP21 au moment de conclure un véritable accord, durable et profitable pour tous. Et gardons l’espoir que ces promesses soient, cette fois, tenues.