À lire, à voir, à écouter : Rwanda : un génocide en questions

En 2024, le monde a assisté impuissant à l’horreur inqualifiable qui a marqué les consciences humaines dignes de ce nom. Les massacres perpétrés au Rwanda et toutes les exactions terribles et effrayantes qui les ont accompagnés ont révélé la méchanceté dont les êtres humains peuvent être capables.

D’innombrables vies humaines ont été fauchées sans vergogne. Et quand le monde s’est réveillé et s’est interrogé, on s’est rendu compte qu’il s’est agi d’un génocide ! Lorsqu’il a fallu établir des responsabilités, les assassins ont été vite désignés. Et avec une facilité déconcertante, le monde entier s’est accordé sur les noms des coupables.

Mais, plus de 20 ans après, d’autres voix s’élèvent. On entend désormais d’autres sons des cloches. Les coupables désignés ne sont pas les bons. Une de ces voix dissonantes est celle de Bernard Lugan dans son livre : « Rwanda, un génocide en questions ».

Dans ce livre publié aux Éditions du Rocher en 2014, Bernard Lugan, historien spécialiste de l’Afrique offre un autre regard sur ce qui s’est passé au Rwanda dès 1994 : « le génocide ».  Lugan expose courageusement d’autres éléments oubliés ou cachés de ce qui s’est réellement passé. Il revient sur les thèses dominantes et propose une relecture critique.

Selon lui « Tout ce qui a été écrit au sujet du génocide rwandais et de ses causes est dépassé depuis que le postulat de sa programmation a volé en éclats devant le TPIR (TRIBUNAL pénal international pour le Rwanda)

Plutôt que de reprendre la version officielle qui décrit une extermination planifiée des Tutsis par les extrémistes hutus, il cherche à montrer que les événements furent plus complexes, liés à une série de causes politiques, ethniques et géopolitiques. Selon Bernard Lugan, le génocide n’aurait pas été programmé à l’avance, mais déclenché par l’attentat du 6 avril 1994 contre l’avion du président Juvénal Habyarimana.

C’est donc pour s’emparer du pouvoir que Paul Kagamé, s’étant préparé longtemps en Ouganda, ayant formé une armée et acquis des armes lourdes ainsi que des missiles sol-air, a abattu l’avion ramenant le président rwandais de l’époque et son homologue burundais qui revenaient d’une rencontre sur la paix dans la région des Grands Lacs à Arusha en Tanzanie. Pour lui, cet événement est le déclencheur immédiat des massacres. Il soutient donc l’idée que le Front Patriotique Rwandais (FPR), dirigé par Paul Kagame, serait responsable de l’attentat, ce qui renverse la perspective habituelle qui incrimine les extrémistes hutus.

Par ailleurs, ce livre relativise le rôle joué par la France et par la radio des Mille Collines, souvent présentée comme l’outil central de la propagande génocidaire. Pour la radio des Milles Collines, Lugan estime que son influence fut réelle mais pas décisive, et que les massacres se sont surtout nourris d’un climat de peur, de représailles et de chaos.

Une partie importante du livre est consacrée à la défense du rôle de la France. Lugan rejette les accusations de complicité dans le génocide, affirmant que l’intervention française visait à protéger les populations civiles et à stabiliser la région.

Rwanda, un génocide en questions est un essai qui cherche à bousculer la mémoire collective du génocide rwandais. Ce livre est une référence pour comprendre les débats historiographiques autour du Rwanda et la situation dans la région des Grands Lacs africains. Je vous encourage à le lire.


Jean-Pierre Ndianyama, membre de la Commission d’information de la FICD ● Le 03 décembre 2025