650 personnes sur le chemin de l’autonomie

Propos recueillis par Bruce Rennes – Chargé de projets FICD – www.panierdamour.org

Au mois de juin, Mpampidi Kazadi, présidente de l’association Kitunga Lutondo – traduisez « Panier d’amour » – sise à Péry-La Heutte, s’est rendue pour la 6e année consécutive à Idiofa, un territoire d’un million et demi d’habitants situé à 861 km de Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo. Ce voyage annuel est l’occasion de détecter les besoins de la population, de suivre le déroulement de la distribution des paniers contenant des denrées alimentaires de base et de prendre des nouvelles de la cinquantaine d’enfants scolarisés et soutenus par l’association.

Même installée confortablement dans un véhicule à quatre roues motrices, les 120 derniers kilomètres de route sont très éprouvants. Les nids-de-poule fragilisent la circulation, la piste est difficile. « Cette année la route était particulièrement mauvaise. Ce fut le trajet le plus difficile depuis que je me rends à Idiofa », précise la citoyenne de Péry-La Heutte. Depuis Kinshasa, une journée et demie de voyage est nécessaire pour atteindre les bénéficiaires de l’association Panier d’Amour.

Essentiellement agricole, la région d’Idiofa est typique de la savane africaine. Les routes ne sont pas goudronnées, l’habitat est constitué de cases et les besoins sont immenses. En 2015, après trois ans d’intenses activités, les responsables de Panier d’Amour ont fait le bilan. Principales animatrices de l’association, Mpampidi Kazadi et Ruth Konrad se réjouissent du chemin parcouru: «Grâce à la fourniture de denrées alimentaires, nous avons soutenu 143 familles, soit environ 650 personnes.» Mieux nourris, les bénéficiaires retrouvent des forces pour travailler dans les champs, élargissant ainsi leurs chances de reconquérir leur autonomie. La distribution des paniers s’effectue dans l’église du partenaire local. «Cinq à sept jours sont nécessaires aux bénévoles pour organiser la distribution mensuelle, explique Mpampidi Kazadi. Outre l’indisponibilité du lieu durant ce laps de temps, malgré une meilleure organisation, nous sommes de plus en plus à l’étroit pour préparer les paniers et leur distribution.» Des solutions sont donc à l’étude afin de trouver une infrastructure adaptée aux activités de l’association.

Distribution des paniers contenant des denrées alimentaires de base (savon, lessive, sel, sucre, huile de palme, farine de manioc, farine de maïs, soja (pour les personnes qui souffrent de malnutrition), légumes frais et poissons. ©Panier d’Amour.

La solidarité locale, un effet boule de neige

L’aide apportée par l’association se métamorphose en solidarité entre bénéficiaires et non-bénéficiaires. «Une famille qui reçoit du sel n’hésitera pas à le partager avec d’autres familles qui en ont également besoin.» La cohésion sociale entre les habitants s’en trouve même renforcée : grâce à l’autonomie retrouvée – une dimension fondamentale du projet – et afin d’accueillir de nouveaux bénéficiaires, le soutien aux premières familles est arrivé à son terme, en 2015. « Nous avons été surpris par la douceur de la transition. Les anciens bénéficiaires transmettaient le nom de personnes précaires et en situation d’urgence. La solidarité entre eux est incroyable ! »

L’autonomie des populations est également rendue possible par les autres actions de l’association : réparation des huttes délabrées, soins médicaux ou scolarisation des enfants, pour ne citer que quelques exemples.

Éducation et santé

Depuis ses débuts, l’association accompagne une cinquantaine d’écoliers. Elle les aide à accomplir leurs six années d’école primaire. Cette année, afin de faire face aux difficultés scolaires des élèves, Panier d’Amour a engagé quatre enseignants pour remettre à niveau l’ensemble des jeunes soutenus. Trois mois de soutien, à raison de deux après-midis par semaine. Pour évaluer la qualité de cette opération, les élèves ont passé un examen. «Ce fut déroutant pour les enfants. C’est la première fois qu’ils passaient un examen sur des feuilles imprimées. Habituellement les tests se déroulent sur un tableau noir.» Le résultat est prometteur, avec un taux de réussite qui s’élève à 95%.

Durant son voyage, la délégation suisse s’est également rendue dans un dispensaire, rénové grâce à un financement de l’association. Dans leurs bagages, près de 1000 dollars de médicaments (contre la malaria, les vers intestinaux, les rhumatismes, etc.) et surtout, une cousine de Mpampidi Kazadi, médecin à Kinshasa. Elle est venue offrir bénévolement trois jours de consultation. Assistée par des infirmières payées par Panier d’Amour, elle a accueilli plus de 130 patients.

Le suivi des projets depuis la Suisse

En Suisse, Mpampidi Kazadi, qui travaille au Service d’aide et de soins à domicile du Bas-Vallon, dédie une large partie de son temps libre à l’association. Les relations avec Madame Makombo, la facilitatrice de l’association, et Monsieur Mubobo, le partenaire local, sont régulières. «Je communique environ une demi-heure par semaine avec le Congo, en utilisant principalement WhatsApp. Nous recevons également un rapport d’activité mensuel.» En sus des relations avec le Congo, une large partie de son temps est consacrée à la recherche des donateurs et à l’organisation de manifestations en compagnie de Ruth Konrad, «un temps difficile à évaluer». Depuis 2011, Mpampidi Kazadi utilise également une partie de ses vacances pour se rendre à Idiofa à ses frais.

Vers d’avantage d’autonomie

Malgré cet investissement permanent, les responsables de l’association fourmillent d’idées. Plutôt que d’acheter de la nourriture, un projet d’agriculture est à l’étude. L’idée est portée par un ingénieur agronome qui met en place des projets dans différentes régions du Congo. «La démarche est fantastique. Les bénévoles et les bénéficiaires pourraient ainsi cultiver eux-mêmes une partie des denrées alimentaires de nos paniers.» De fil en aiguille, sur la base de ce nouveau projet, de nouveaux concepts émergent: formation professionnelle ou création d’activités génératrices de revenus par la revente des surplus sur le marché d’Idiofa. Des idées essentielles afin d’assurer la pérennité des actions de l’association et de garantir toujours plus d’autonomie aux populations aidées. «Et pour le financement de ce projet, la FICD pourrait avoir un rôle à jouer», conclut en souriant Mpampidi Kazadi.

Diffusé sous forme de communiqué de presse, cet article a fait l’objet de plusieurs publications. Ainsi, il fut publié dans les journaux régionaux suivants :

[24.08.2017] > Echo du Bas-Vallon

[25.08.2017] > Journal du Jura


MEMBRE FICD. L’association KITUNGA LUTONDO, ce qui signifie Panier d’amour, lancée par un groupe de personnes de La Heutte et de ses environs, a pris son envol l’été 2011 et s’est concrétisée sur le terrain, dans la province de Bandundu, et plus précisément dans le territoire d’Idiofa, en République démocratique du Congo.