Bruce Rennes – Chargé de projets, FICD – www.ficd.ch
À l’échelle mondiale, l’Organisation internationale du travail prédit que plus de 200 millions de personnes seront sans-emploi en 2016, dont plus d’un tiers sont âgées de moins de 24 ans. Le chômage est l’une des principales causes de la pauvreté et de la violence. La Direction du développement et de la coopération (DDC) a fait de la formation professionnelle l’une de ses priorités dans ses programmes de développement.
Le Message du Conseil fédéral sur la coopération internationale de la Suisse 2017-2020 précise que « pour répondre à l’impératif de donner davantage de perspectives aux jeunes dans ces pays1 , la DDC renforcera son engagement dans le domaine de l’éducation de base et de la formation professionnelle. » Ainsi, par l’intermédiaire de sa Direction du développement et de la coopération, la Suisse s’engage plus fortement en faveur d’un thème pour lequel elle dispose d’une solide expérience et d’un savoir-faire reconnus à l’échelle internationale.

Burkina Faso. Entre 2006 et 2012, plus de 1000 jeunes ont appris un métier dans la mécanique, la menuiserie, la soudure, la couture, la coiffure et le tissage. ©DDC
En effet, l’implication de la Confédération dans la formation professionnelle n’est pas une nouveauté, elle appartient même à l’histoire de la coopération helvétique. « L’intérêt pour le développement de la formation professionnelle date des années 50, avec la mise en place d’une fromagerie au Népal », explique Brigitte Colarte-Dürr, conseillère pour la formation professionnelle auprès du réseau Emplois et revenus de la DDC
Débuté au Népal, l’engagement de la Suisse dans le secteur de la formation professionnelle s’est développé au fil du temps. En 2015, 50 programmes étaient mis en œuvre dans 29 pays. « Toutes les régions du monde sont concernées : Afrique, Asie, Amérique latine et Europe de l’Est », précise Brigitte Colarte-Dürr. Ce ne sont pas moins de 50 millions de francs qui ont été consacrés à ces projets. Cet important engagement se fonde sur un constat très simple : aux yeux de la DDC, la formation professionnelle et l’éducation de base sont des conditions essentielles au développement d’un pays. « Ces thèmes sont transversaux. Ils englobent de nombreuses problématiques liées à la santé, l’agriculture, la migration, etc. Avec la formation professionnelle, nous nous intéressons au développement individuel de la personne, ainsi qu’aux développements sociaux et économiques. »
Les programmes de la DDC s’adressent aux personnes vulnérables : les femmes, les jeunes chômeurs ou les habitants des zones rurales, par exemple. Ces populations rencontrent de nombreuses difficultés pour accéder à la formation professionnelle. Les obstacles peuvent être d’ordre géographique et financier, lorsqu’il faut concilier le travail, source de subsistance, avec une formation. « Il est également important de valoriser l’image de la formation professionnelle. Dans de nombreux pays, la formation universitaire est considérée comme l’unique voie pour accéder à un emploi. »
Outre les bénéficiaires, les projets financés par la DDC intègrent une multitude de partenaires dans leur mise en œuvre: les écoles bien évidemment, mais également le secteur privé. « Former les gens, c’est bien ! Mais il faut des perspectives d’emplois. Nous ne souhaitons pas former de futurs chômeurs. Il faut s’adapter en permanence pour répondre aux réalités économiques et aux besoins du pays. Même si nous nous inspirons du système suisse, il est important d’étudier les conditions régionales et de s’adapter aux spécificités locales. Nous travaillons à plusieurs niveaux : macro (politique), méso (avec les institutions) et micro (avec les bénéficiaires et les écoles). Le succès d’un programme réside dans la bonne combinaison de ces trois niveaux de travail. »
D’un point de vue opérationnel, la DDC ne mène de manière générale pas de projets de formation professionnelle directement sur le terrain. « Le travail de nos spécialistes consiste à actionner des leviers politiques. Ils agissent comme des facilitateurs. Ils ouvrent des portes », résume Brigitte Colarte-Dürr.
La DDC travaille avec plusieurs partenaires suisses, internationaux et locaux. Elle mandate différentes institutions, Swisscontact est l’une d’entre elles. Depuis plus de 50 ans, cette fondation basée à Zurich aide les populations à subvenir à leurs besoins et à participer activement à la vie sociale. L’organisation gère une cinquantaine de projets de formation professionnelle. « Selon l’ampleur, la durée et les exigences du projet, les budgets varient fortement, de quelques dizaines de milliers à plus d’un million de francs suisses par an. Certains projets peuvent s’étaler sur 15 ans. Ils sont financés dans le cadre de mandats internationaux organisés par divers États (la DDC et le SECO en Suisse), mais aussi par les collectes de fonds », explique Francine Thurnher, cheffe de la communication de l’organisation. Swisscontact se considère comme un intermédiaire et un modérateur. « La fondation n’assume aucune fonction centrale dans le cadre de la formation professionnelle, mais aide les acteurs locaux à prendre eux-mêmes leurs responsabilités et à assumer leur rôle. » Ainsi, l’organisation apporte un soutien financier pour les infrastructures et l’équipement aux instituts de formation et met en place des stratégies de mise en œuvre concrètes. « Les enseignants doivent avoir suivi une formation, tant professionnelle que pédagogique. De leur côté, les instituts de formation s’inscrivent dans un vaste cadre qui met à leur disposition des prestations centrales : planification des apprentissages, accréditation de l’institut et des cursus, consignes d’examens et d’attribution des diplômes ou encore formation initiale et continue de cadres pour la formation professionnelle. »
Face aux imposants programmes de la coopération internationale, la présence des petites ONG est pertinente. En effet, il existe des demandes dans des pays où la Confédération suisse n’est pas présente. « De plus, les petites ONG participent aussi activement à la sensibilisation du public suisse. C’est important ! », souligne Brigitte Colarte-Dürr.
Swisscontact préconise un certain nombre de mesures à prendre en compte pour mener à bien un projet de formation professionnelle. « Orientation des offres sur les besoins spécifiques de chaque groupe cible (souvent des catégories de la population particulièrement défavorisées) ; volonté forte de rendre les offres les plus pertinentes possibles pour faciliter l’insertion sur le marché du travail, en faisant systématiquement participer le secteur privé à l’élaboration des programmes, aux processus d’enseignement et d’apprentissage, à l’évaluation des performances et au pilotage de l’ensemble ; amélioration de la qualité, en assurant la mise en place d’infrastructures adéquates et la formation du personnel enseignant (effet multiplicateur) ; mise en place de mesures favorables au marché du travail, en complément des formations proposées : service de l’emploi, coaching et accompagnement et / ou aide à la création d’une entreprise en propre. »
Brigitte Colarte-Dürr souligne l’importance de veiller à la durabilité des petits projets et surtout d’éviter de monter des structures parallèles. « Il est inutile d’imposer la qualité ou le système suisse. La priorité est à donner à l’étude du système en place et au soutien des initiatives locales. » Francine Thurnher abonde dans le même sens : « l’aide au développement peut et doit bénéficier des expériences et des expertises acquises par la Suisse. Le principal défi à relever consiste à adapter les principes de la formation duale au contexte local du pays partenaire. »