Entretien : Olivier Girardin, nouveau Président de la fédération interjurassienne de coopération et de développement

Propos recueillis par Bruce Rennes, Chargé de projets de la FICD – www.ficd.ch

Membre de la Commission technique de la Fédération intejurassienne de coopération et de développement depuis 2012, Olivier Girardin a été élu président de la fédération lors de l’Assemblée générale du 26 novembre 2015. En vingt ans d’existence de la fédération, il n’est que le second président à accéder à cette fonction. Olivier Girardin est né en 1965, marié et père de trois enfants. Il revient sur son parcours, et plus particulièrement sur ses expériences, ainsi que sur sa vision de la FICD.’éducation est pour l’enfance ce qu’est l’eau pour une plante. Dans la réserve de Mudumalai, l’eau fait verdoyer les collines du Nilgris dans le sud de l’Inde. Malheureusement, l’éducation n’est pas distribuée avec la même abondance et seule une partie des enfants a droit à une scolarité adéquate.

M. Girardin, vous avez été élu le 26 novembre 2015 à la présidence de la FICD. Vous avez pris vos fonctions le 1er janvier. Quelles sont vos premières impressions ?

Les premières impressions sont bonnes et très positives. Je sens de l’engagement de la part du comité et des différentes commissions ainsi que du secrétariat et des organisations-membres. La FICD est une structure bien en place, qui dispose déjà d’une solide expérience d’une vingtaine d’années, et qui fédère les ONGs actives sur des questions de développement dans les pays de l’Est et du Sud. L’actualité de ces derniers mois nous montre que nous avons plus que jamais besoin de faire preuve d’ouverture et qu’il est important d’éviter le repli sur soi.

Quelles sont les motivations qui vous ont poussé à accepter ce mandat ?

Nous sommes dans un monde globalisé qui fait face à des défis de taille. Je pense ici au réchauffement climatique, aux migrations et aux réfugiés qui en sont victimes. La population de l’Afrique passera à 2 mias d’habitants d’ici 2050. Je vous laisse imaginer ce que cela implique comme défis à relever en terme de développement. On peut s’attendre à des conditions de plus en plus strictes au niveau du contrôle des migrations, ce qui est compréhensible et malheureusement inévitable. Il est donc urgent, dans le même temps, de faire preuve de solidarité et de soutenir les actions de développement dans les pays en développement et en Afrique tout particulièrement. L’actualité tragique du Burkina Faso a touché la Suisse. La réponse à de tels actes de barbarie est de poursuivre et d’intensifier la collaboration en soutenant les ONGs actives localement.

Mon expérience personnelle de 12 ans en Afrique dans la recherche scientifique en partenariat pour le développement m’a motivé à accepter ce mandat. J’ai pu mesurer l’importance de la formation et du partenariat comme moteur d’un développement durable. Il est essentiel d’investir dans la formation, dans la santé, dans la protection de l’environnement et dans l’agriculture. Les projets soutenus par les ONGs membres de la FICD soutiennent ce type d’actions.

Quel est votre parcours ?

J’ai grandi sur une exploitation agricole à Cornol, où j’ai suivi mes classes primaires, avant de faire le lycée à Porrentruy et ensuite d’enchaîner avec le CFC d’agriculteur à Courtemelon. J’ai ensuite continué mes études à l’EPFZ en agronomie et j’ai terminé ma formation d’ingénieur agronome avec une spécialisation en production végétale et un travail de diplôme sur le cacao au CABI, à Londres. J’ai ensuite effectué une thèse de doctorat en Côte d’Ivoire, qui portait sur l’amélioration de la conservation de l’igname en milieu villageois. L’igname est une culture vivrière de base en Afrique de l’Ouest. Au cours de ces 4 ans passées au Centre suisse de recherches scientifiques en Côte d’Ivoire (www.csrs.ch), j’ai pu m’imprégner de la réalité rurale en Afrique et surtout mesurer l’importance du partenariat et de la formation. Il n’y a pas de solution toute faite pour assurer un développement durable. Il s’agit de travailler localement avec les populations et les institutions locales et régionales. L’échange culturel est un élément clef, on a autant à apprendre que ce que l’on peut apporter. Il ne faut pas oublier que l’Afrique subit déjà pleinement les conséquences du réchauffement climatique, qui a surtout été causé par les pays industrialisés. Nous avons donc une responsabilité dans la recherche de solutions.

Et ensuite ?

Après ma thèse de doctorat, j’ai eu l’occasion de séjourner durant six mois au Nigéria, à l’Institut International d’Agriculture Tropical d’Ibada, où j’ai poursuivi mes recherches sur l’igname. Je suis ensuite retourné en Côte d’Ivoire, où j’ai été nommé directeur du CSRS, fonction que j’ai exercée durant six ans, de 1998 à 2004. J’ai eu la chance de travailler dans cet endroit exceptionnel, avec des personnes exceptionnelles, qui conduisaient des recherches sur des sujets très variés, de la botanique à l’étude du comportement des singes et des chimpanzés, mais également sur des questions de santé, d’urbanisation et d’amélioration de la sécurité alimentaire. La Côte d’Ivoire a traversé durant cette période une phase de crise, avec un coup d’état en 2000, et ensuite une guerre civile, avec une partition du pays. Cette crise s’est achevée en 2013, la situation s’est depuis stabilisée. Le CSRS est une des rares institutions internationales qui est toujours restée active, cela en raison des liens très forts qui ont été tissés depuis sa création en 1951. Je souligne ce point pour montrer l’importance d’une action dans la durée. Ce ne sont pas tellement les montants investis qui sont importants, mais bien plus d’assurer une collaboration et des partenariats sur le long terme. C’est, à mes yeux, un point extrêmement important dans les projets qui visent à soutenir le développement. La dimension du partenariat étant la 2ème composante clef. Je suis rentré en Suisse en 2004 avec ma famille et j’ai été nommé à ce moment-là directeur de la Fondation rurale interjurassienne (FRI).

Depuis mon retour, j’ai maintenu les contacts avec le CSRS et je fais partie de son conseil de fondation. J’apporte également un appui au projet de développement rural au Cameroun et à l’Institut Agricole d’Obala (IAO), en tant qu’expert et conseiller pour le Canton du Jura. L’IAO au Cameroun a une mission proche de celle de la FRI dans le Jura et le Jura bernois. C’est un centre de formation agricole et de développement rural d’un excellent niveau et qui oriente ses actions sur la formation professionnelle de jeunes agriculteurs en mettant l’accent sur l’entreprenariat et l’installation des jeunes formés.

Le comité 2016 de la Fédération injurassienne de coopération et de développement (de G. à D.) Jean-Baptiste Beuret, Jean-Pierre Maitre (Président de la Commission d’information),Denis Cattin (Président de la Commission technique) Olivier Girardin, (Président) Claire Jeannerat-Wade et Maurane Riesen.Sur la photo, manque Julien Sauvain. © B. Rennes

Comment allez-vous concilier votre fonction de directeur de la Fondation rurale interjurassienne (FRI) avec votre engagement à la présidence de la FICD ?

La FICD est bien en place. Je vois mon rôle surtout dans les orientations stratégiques et dans le renforcement des relations avec le Canton du Jura, avec le Canton de Berne et la DDC. L’échange avec les autres fédérations est également important. Je pense également qu’il y a des synergies à développer avec certaines activités de la FRI. Je pense particulièrement à la formation agricole et au développement rural.

Quels sont les axes principaux que vous souhaitez développer pour la FICD ces prochaines années ?

La première priorité sera d’assurer le maintien du soutien du Canton du Jura et du Canton de Berne, par l’intermédiaire du CJB et de la DDC. Il est essentiel que le Canton du Jura continue de s’impliquer dans la coopération au développement et qu’il soutienne les activités de la FICD et de ses membres. Je souhaite également que la FICD développe son réseau et qu’elle poursuive ses actions de formation et de soutien de ses membres. Nous avons un rôle à jouer dans la sensibilisation de la population du Jura et du Jura bernois aux problématiques de développement. Nous vivons sur un village planétaire et nous ne pouvons pas ignorer ce qui se passe au Sud. Les actions de sensibilisation dans les écoles sont également à maintenir et à développer. Je souhaite également que nous puissions définir notre stratégie de manière participative, avec nos organisation-membres, en nous appuyant sur les 17 objectifs de développement durable pour 2030, qui doivent guider nos actions(1).

Le thème principal de ce bulletin d’information est l’éducation. Quelle est, selon vous, son importance dans la coopération et le développement ?

«Quand un homme à faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que lui donner un poisson.» Cette citation de Confucius illustre à merveille l’importance de la formation. Une formation de qualité est essentielle au développement, cela correspond à l’objectif 4 de développement durable pour 2030 « d’assurer l’accès de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité et de promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie ». Commençons par les mauvaises nouvelles en matière d’éducation. La pauvreté, les conflits armés et d’autres situations d’urgence empêchent de nombreux enfants à travers le monde d’aller à l’école. Dans les pays en développement, les enfants des familles les plus pauvres ont en réalité quatre fois plus de risques d’être privés d’enseignement que leurs camarades issus des familles les plus riches. Mais il y a également des bonnes nouvelles. Depuis 2000, d’immenses progrès ont été accomplis vers la réalisation de l’objectif de l’accès universel à l’enseignement primaire. Dans les pays en développement, le taux de scolarisation en primaire s’élève désormais à 91 %, un bon score selon les critères de n’importe quel établissement scolaire.

Il nous faut aujourd’hui viser plus haut et atteindre, entre autres, l’objectif d‘assurer l’éducation primaire et secondaire pour tous, ainsi que de proposer des formations professionnelles abordables et l’accès à l’enseignement supérieur.

(1) www.un.org/sustainabledevelopment