Par Christian Simonin, Mission évangélique au Tchad – wwww.mission-tchad.org.
Pour préserver l’environnement et économiser le prix du combustible, les fours solaires font leur entrée dans certains cercles féminins au Tchad. Avec efficacité et conviction, Solange Roba, mariée et mère de trois enfants, gestionnaire et formatrice des animatrices du projet PROMOSOL, partage son enthousiasme.

Lorsque l’Etat tchadien a interdit la fabrication et la combustion du charbon à bois, ainsi que la coupe de bois vert, la population en a été bouleversée, car le gaz, alternative proposée par le gouvernement, faisait régulièrement défaut et s’avérait très dangereux dans les foyers. Un couple d’expatriés suisses nous a présenté le four solaire qui devait suffire à cuire les aliments quotidiens… sans feu, sans fagot, sans gaz, donc de façon avantageuse. Je me rappelle que cette alternative a immédiatement attiré mon attention. C’était LA solution à nos besoins. En plus, c’est notre responsabilité de protéger les forêts restantes du pays ! C’est ainsi que je suis devenue l’une des animatrices en cuisine solaire les plus engagées.
Mère, amie et militante
De mes propres yeux, j’ai vu les arbres disparaître tout autour de la ville. Le désert en a profité pour mettre son pied dans la porte. C’est le cœur lourd que je rappelle cet état de fait. La plupart des animatrices que j’ai formées, qui sont responsables d’initier les femmes de leur quartier à la cuisson au four solaire, sont d’ailleurs conscientes du changement climatique et le ressentent personnellement : les récoltes dans les villages sont souvent la proie des caprices du temps. Les inondations, autant que les sécheresses, rendent la vie aux champs difficile. Mais qu’une seule simple femme puisse combattre ces catastrophes résonne de façon très étrange aux oreilles de mes consœurs. Cumulant la patience d’une mère, l’amour d’une amie et l’ardeur d’une militante pour l’environnement, je ne me lasse pas de répéter, d’expliquer et de les motiver à changer leurs habitudes. Au début, elles me voyaient comme une formatrice. Mais après quelques jours, je suis devenue une grande sœur ou une conseillère et c’est bien, car après la formation, j’assure un suivi, j’assiste aux formations offertes par mes animatrices, je leur rends visite et suis toujours la bienvenue. Lors des trois dernières années, 73 animatrices ont enseigné la cuisine au four solaire à plus de 2200 personnes et 650 fours ont été vendus au travers du projet PROMOSOL.
AU TCHAD, la lutte contre la désertification est le plus grand défi en matière d’environnement. Le sable gagne chaque jour du terrain. On estime que le désert avance d’environ 1 kilomètre par année. La population tchadienne qui est, dans sa grande majorité, composée d’agriculteurs et d’éleveurs, trouve de moins en moins d’espace pour cultiver ou faire paître le bétail. La désertification du pays fait aussi que les pluies sont de plus en plus rares. En 2008, le gouvernement tchadien a pris la ferme décision de lutter contre ce fléau en interdisant la coupe d’arbres et la fabrication du charbon. Il s’est aussi engagé à planter des dizaines de millions d’arbres qui amélioreront le couvert végétal. D’autres sont plantés pour créer des ceintures vertes autour de villes et villages, afin de lutter contre l’avancée du désert, comme dans la capitale N’Djamena.
Le soleil, un cadeau
Il faut souligner aussi que le four solaire est apprécié de la femme moderne, qui peut préparer son repas tôt le matin, le déposer dans le four solaire avant de partir au travail. À son retour vers 15h, le repas est prêt. Cette façon de faire permet aussi à de nombreuses filles mariées très jeunes, et qui ont dû arrêter l’école, de dégager du temps pour reprendre une formation. Le soleil est un cadeau merveilleux qui envoie son énergie dans chaque cour, gratuitement, et avec la même intensité, que ce soit pour le président du pays ou pour le plus pauvre de la ville.