Bruce Rennes, chargé de projets FICD – www.ficd.ch
« La communication entre les partenaires du Nord et du Sud est l’une des clés de la réussite d’un projet », note Isabelle Boegli, secrétaire générale de la Fédération interjurassienne de coopération et de développement (FICD). « Une mauvaise entente entre les partenaires a des répercussions sur la qualité et les conditions de réalisation du projet, le tout au détriment des bénéficiaires. » De fait, la conclusion d’un contrat de partenariat semble s’imposer pour fixer les règles et les responsabilités de chacun. Est-ce une évidence ?
La FICD gère, depuis 2009, un fonds de projets destiné à ses membres. Il est alimenté principalement par la Confédération, les Cantons du Jura et de Berne, ainsi que par la commune de Delémont. Pour obtenir un financement, la Fédération exige de l’organisation- membre requérante un contrat de partenariat avec une organisation locale. Cette règle parait parfois surprenante pour des associations qui fonctionnent, souvent depuis plusieurs décennies, sans partenariat formel.

La casa comunal, qui accueille les bureaux, les réunions des délégués du Movimiento Comunal Nicaraguense et diverses activités à La Trinidad. © J. Parrat
Quelle définition pour le partenariat ?
« Partenariat – Entre désir et réalité » est une étude publiée en 2002 par Denis Cattin (membre du comité de la FICD et président de la Commission technique) et Martin Schreiber (chargé de mission au sein de la plateforme Unité), pour le compte de l’organisation Unité. Elle s’appuie sur une analyse des réponses de 26 organisations suisses de coopérant(e)s volontaires qui sont affecté(e)s à des projets gérés par des organisations partenaires du Sud. L’étude définit le partenariat comme une relation construite par différents acteurs, unis par une motivation et une vision communes, et ayant pour but de planifier et de réaliser ensemble des activités de coopération selon des objectifs clairement définis et acceptés. Des aspects qualitatifs complètent cette définition. Ils précisent que le partenariat doit être une relation dynamique, en constante évolution, inciter au dialogue permanent et respecter les différences culturelles. Des responsabilités incombent aux deux partenaires. Celui du Nord doit notamment avoir la capacité d’assurer le suivi des actions ; celui du Sud, être représentatif de la population bénéficiaire.
Le jumelage, un partenariat entre communes
Plusieurs associations membres de la FICD sont des émanations de jumelages, une forme de partenariat conclu entre les autorités locales de deux communes. C’est le cas notamment de deux organisations actives en Amérique centrale : l’association Biel/Bienne-San Marcos et le Groupe Nicaragua de Delémont. Jean Parrat, membre de cette dernière association, confirme l’importance du dynamisme : « Il ne s’agit pas de simplement déclarer un jumelage, encore faut-il qu’il soit effectif et vivant.» (Le jumelage : une manière de durer). Pour l’association biennoise, le contrat de prestation avec la ville de Bienne énumère les activités du jumelage et détermine le rôle des autorités et de l’association avec le partenaire du Sud. « Le contrat de prestation facilite les démarches pour les demandes de financement et nous donne davantage de crédibilité auprès des bailleurs », souligne Hans Müller, président de l’association.
Faut-il formaliser un partenariat ?
Denis Cattin le relève, « certains partenariats ne sont pas formalisés mais ils fonctionnent très bien. » Une affirmation confirmée par Pierre Petignat, président de la Fondation Avenir Madagascar (Un partenariat informel à succès). Aucun document de partenariat n’a été signé entre l’association et leur partenaire Radio Haja, et pourtant « tous les rapports avec ce projet relèvent du partenariat» (lire l’article). Alors est-il nécessaire de formaliser cette relation ? L’étude « Partenariat – Entre désir et réalité » synthétise les effets bénéfiques d’une bonne relation de partenariat, ceci d’autant plus qu’elle est formalisée, et donc clairement reconnue par les deux parties, qui signent un engagement mutuel faisant état des droits et des devoirs de chacune. Outre le fait de favoriser une meilleure collaboration entre les partenaires de cultures différentes, un accord de partenariat est un précieux instrument permettant de valoriser les compétences du partenaire du Sud et le rôle primordial qu’il joue dans la conduite et le suivi d’un projet. Il est en effet avéré qu’un partenariat solide est un élément essentiel qui contribue à la bonne qualité d’un projet. Trop souvent les interventions en matière de développement se basent sur l’état des manques (capacités, matériel, ressources) qu’il faut à tout prix combler au Sud. Une autre approche est celle qui se base sur les ressources et capacités existantes et vise à les mettre en valeur, les renforcer, les développer (capacity building). Une bonne relation de partenariat doit être conçue dans ce but.
Un partenariat de qualité est également un précieux outil de sensibilisation de l’opinion publique et des organes politiques des pays concernés, dans la mesure où, au-delà des projets qui s’y réalisent, il constitue l’élément institutionnel d’une coopération basée sur le partage d’un vécu commun entre des populations du Nord et du Sud.
Deux ateliers pour conclure un partenariat efficace
Les différences culturelles nécessitent une approche pragmatique pour mieux décoder l’autre et être en mesure de mieux connaître ses attentes. Une meilleure compréhension de son partenaire permet donc de mener des projets efficacement et d’en accroitre les chances de succès. C’est pour faciliter le travail des ONG’s et répondre à leurs questions que la FICD organise ou co-organise des ateliers dynamiques et pratiques.
- Atelier « Pièges et erreurs à éviter pour réussir un bon projet de coopération au développement. ». Samedi 18 avril 2015, de 9h à 16h
- Formation « communication interculturelle… ou l’art de composer avec l’incertitude dans la durée. ». Samedi 9 mai 2015, de 9h à 16h