« C’était une bien belle Assemblée générale », s’est réjoui Gabriel Nusbaumer, Président de la Fédération interjurassienne de coopération et de développement (FICD) lors de l’AG du jeudi 13 novembre à l’Hôtel de la Gare, à Moutier. En effet, à l’issue d’une partie statutaire menée tambour battant par les instances de la fédération, les participants ont eu le plaisir d’entendre une conférence de Barthélemy Sam, économiste et coopér-acteur au Burkina Faso.
Arrivé en Suisse le 12 septembre dernier, dans le cadre d’un projet pilote d’échange Sud-Nord, il épaule, à raison de trois jours par semaine, le secrétariat de la fédération dans l’élaboration du programme de formation, dans la révision de documents et procédures liés à la gestion des projets et offre également un soutien aux organisations-membres de la FICD dans la gestion de leurs projets.
Devant une quarantaine de personnes, cette conférence, intitulée « Un regard du Sud sur la coopération au développement », s’est déroulée en deux temps. La première partie fut consacrée à un bilan à mi-parcours de l’activité du coopér-acteur au sein de la fédération. Il a posé un regard critique mais bienveillant sur le fonctionnement de la fédération et de ses membres, assorti de recommandations constructives.
La seconde partie de la conférence a plongé l’assemblée dans les enjeux et les défis de la coopération au développement au Burkina Faso. Une thématique qui a permis de revenir sur l’évolution de la coopération depuis la seconde guerre mondiale et sur un constat implacable : qu’est ce qui a changé pour les populations ? Très peu de chose, en réalité. Un résultat dont les torts sont partagés entre les bailleurs du Nord et les responsables d’organisations au Sud.
Et les bénéficiaires dans tout ça ?
Les échanges entre le Burkinabé et le public ont porté sur la trop faible implication des bénéficiaires dans l’élaboration des projets. « Les bailleurs du Nord concluent des partenariats avec l’État central, certaines ONG nationales ou même avec des communes… Mais ce ne sont pas les bénéficiaires. La population doit être intégrée à la base des discussions », explique Barthélemy Sam.

A l’issue de sa conférence,
Barthélemy Sam a vu son agenda se remplir, sollicité par les organisations membres de la FICD.
Actualité oblige, le conférencier est revenu sur les événements récents qui ont eu lieu dans son pays. Un pays dont le taux de croissance économique est de 7 %, mais dont les richesses ne sont pas réparties équitablement. Et Barthélemy Sam de prendre l’exemple de l’extraction minière qui est l’un des secteurs moteur de la croissance économique : « Effectivement, les chiffres donnent l’impression que le pays bouge. Mais dans le détail ce secteur économique est contrôlé par une minorité de personnes. Cette croissance ne se sent pas dans le quotidien de la population. »
Appliquer la rigueur de la planification
Quand on lui demande ce qu’il retiendra comme « pratique suisse » de retour au Burkina Faso, l’économiste répond : « avec la planification de la moindre acti¬vité, je constate que l’on prend une lon¬gueur d’avance sur le temps. Les portions d’improvisation sont infimes, ce qui permet d’être rationnel et d’atteindre plus facile¬ment les objectifs. Cette organisation présente sans doute des avantages, mais elle est un peu figée car on perd un peu de flexibilité dans le relationnel. Il est difficile de décaler un interlocuteur qui tient absolument à son agenda. Je vais sans doute intégrer cette planification mais pas forcément à 100 % comme un suisse. »
Applaudi pour son excellente prestation, Barthélemy Sam a conclu sa présentation par une note plus légère. Quelques photos souvenirs ont émaillé la fin de son diaporama, illustrant sa découverte de notre région et de quelques-unes des habitudes culinaires de ses hôtes : griller des cervelas, préparer une fondue en forêt ou encore participer activement à un gargantuesque repas de la Saint-Martin. Il est également revenu sur les différences entre le Burkina Faso et la Suisse : sur le plan du travail : « la notion de pourcentage de poste. Au Burkina tu travailles tant que tu es disponible, sans tenir compte du taux d’occupation prévu. » – et culturel : « L’appréciation de la météo est différente. Au Burkina le temps est beau lorsqu’il pleut », conclue-t-il avec un regard du Sud malicieux.