Propos recueillis par Isabelle Boegli, Secrétaire générale et Bruce Rennes, Chargé de projets de la FICD – www.ficd.ch
La Direction du développement et de la coopération (DDC) et les Cantons de Berne et de Jura participent au financement des projets de plusieurs membres de la FICD. Martin Dahinden, directeur de la DDC, Stéphane Berdat, chef du Service de la coopération de la République et Canton du Jura (RCJU) et Fabian Greub, secrétaire général du Conseil du Jura bernois (CJB), répondent à nos questions sur l’importance du rôle d’une Fédération de coopération et de développement.
Martin Dahinden : « Les initiatives des associations permettent l’implication directe des citoyennes et des citoyens dans des questions de développement, dans la solidarité internationale. »
Avant son entrée dans le Service diplomatique, M. Dahinden avait obtenu un doctorat en sciences économiques à l’Université de Zurich, où il a ensuite occupé un poste d’assistant. à ce titre, il a également travaillé dans une banque et dans une maison d’édition. M. Dahinden a occupé depuis 2004 le poste de directeur de la Direction des ressources et du réseau extérieur du DFAE, après avoir dirigé le Centre international de déminage humanitaire / Genève (de 2000 à 2004). Martin Dahinden a pris ses fonctions à la tête de la Direction du développement et de la coopération en 2008.
Le message du 15 février 2012 du Conseil fédéral concernant la coopération internationale 2013-2016 reconnaît l’existence des Fédérations cantonales. Pouvez-vous me dire comment vous-même percevez le rôle des Fédérations cantonales dans le tissu des partenaires de la DDC en matière de coopération ?
MD : Une des particularités de la Suisse est qu’il y a énormément d’initiatives privées d’associations qui s’engagent dans des questions du développement. Les Fédérations cantonales sont très importantes, à mon avis, pour l’augmentation de la qualité de ces différentes initiatives, pour l’échange d’informations, mais aussi pour leur donner une voix à l’échelon politique.
Les Fédérations rassemblent de toutes petites ONG, surtout chez nous dans le Canton du Jura. D’après vous, ces petites organisations sont-elles utiles à la politique suisse de coopération et d’aide au développement ? Et, si oui, de quelle manière ?
MD : Pour moi, l’engagement dans le développement n’est pas seulement un engagement financier (je parle de l’ensemble, pas seulement des ONG). C’est toujours important que les gens souhaitant apporter leur appui et exprimer leur solidarité soient impliqués de façon personnelle. Et les initiatives des associations, même si elles sont de petite taille, permettent l’implication directe des citoyennes et des citoyens dans des questions de développement dans la solidarité internationale.
Vous connaissez bien la Fédération interjurassienne de coopération et de développement, vous avez même assisté à l’une de nos Fêtes de la Solidarité. Selon vous, quelle est la spécificité de notre Fédération ? Comment la percevez-vous ? Quel pourrait être son slogan ?
MD : Je ne sais pas si j’ai un slogan, mais ce que j’ai trouvé de remarquable à la Fête à laquelle j’ai participé, c’est qu’on voit que les ONG sont ancrées dans la société jurassienne. Et c’est à mon avis ça la force. J’ai été aussi impressionné, lorsque j’ai discuté avec les gens, par l’intérêt qu’ils portent aux questions du développement et à ce qui se passe dans des pays très lointains. Cette solidarité, ça m’a vraiment touché.
Une dernière question … Qu’est-ce que vous pourriez souhaiter, pour son avenir, à la Fédération qui fête cette année son 20e anniversaire ?
MD : Poursuivre ses activités avec autant d’énergie, mobiliser des gens autour de ses objectifs et faire vraiment de la sensibilisation, c’est important. Nous vivons dans un seul monde. Ce qui se passe ailleurs, dans des pays lointains, a des effets sur nous, et notre comportement a des effets sur des populations que nous ne rencontrons jamais en personne. Et là je vois un rôle important pour la Fédération et bien sûr aussi pour les différentes associations qui forment la Fédération Propos reccuellis par Isabelle boegli secrétaire générale, FICD
Stéphane Berdat : « La FICD et le Canton sont complémentaires dans l’aide au développement. »
Géographe de formation, spécialiste d’économie régionale et de transports, Stéphane Berdat a pris il y a 20 ans les rênes du Service cantonal de la coopération, en premier lieu pour y développer les relations avec les régions voisines, de Suisse et de France. Il y a « hérité » de la problématique de l’aide au développement, notamment le suivi des projets cantonaux du Cameroun. Il revient sur les relations tumultueuses initiales entre la FJCD et le Canton puis, l’apaisement de celles-ci par une reconnaissance mutuelle de l’utilité des deux entités.
Comment expliquer l’implication du Canton du Jura dans l’aide au développement ?
SB : Canton nouvellement créé, le Jura voulait montrer que sa sphère d’influence ne se limitait pas forcément à son territoire. Une implication dans l’aide au développement en apportait une preuve magistrale. Par ailleurs, les cantons suisses disposent de pouvoirs importants et exclusifs dans des domaines phares de l’aide au développement : la santé et l’éducation. A cette aune, l’implication étatique prend tout son sens. L’aide au développement est plus affaire de compétences que de bons sentiments, et les cantons sont tout à fait à même de mobiliser ces compétences. Le Jura en a apporté la preuve.
La FJCD et le Canton étaient-ils en « concurrence » ?
SB : Au départ, la Fédération revendiquait pour ses membres la mise à disposition exclusive des fonds cantonaux alloués au développement. Or, cette posture était dangereuse, car elle mettait en opposition deux entités défendant des idéaux semblables. De plus, si ces budgets ont résisté aux différents programmes d’économie, c’est bien parce que le Canton était directement impliqué dans un projet de développement. La reconnaissance mutuelle du rôle de la FJCD et du Canton a été une étape clé dans la construction de notre relation.
Quelle est votre vision du rôle futur de la FICD et du Canton ?
SB : Dans l’esprit de la Déclaration de Paris, chacun doit trouver sa juste place, ici et dans les pays dans lesquels nous sommes actifs. Dans le Jura, les actions de sensibilisation du Canton et de la Fédération sont très complémentaires, le premier investissant plutôt le champ politique alors que la seconde est plus active au niveau du grand public. La Fédération joue par ailleurs un rôle très important d’amélioration des pratiques et ce, avec le soutien financier de l’Etat. Le Canton et la Fédération doivent continuer à s’épauler dans la promotion de l’aide au développement, mais aussi dans un questionnement permanent sur la pertinence des actions en cours. Dans un monde en perpétuel mouvement, cette remise en cause est absolument nécessaire et il est tout à fait souhaitable que tous les acteurs impliqués dans l’aide au développement s’encouragent à oser la démarche et fassent leur la citation de René Char : « la lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil »
Fabian Greub : « La FICD, un critère de qualité des dossiers de développement.»
Secrétaire général du CJB depuis 2007, Fabian Greub dirige l’administration de l’institution. Outre la direction du personnel, il a essentiellement un rôle de soutien politique (analyses, rapports, examen des dossiers, conseil) et de porte-parole (communication). Fabian Greub dépeint les attentes du Conseil du Jura bernois vis-à-vis de la FICD.
Le CJB a-t-il eu à traiter des dossiers de coopération et de développement avant ses contacts avec la FICD ? Si oui, comment était jugée la qualité des projets ?
FB : Afin de s’assurer de la qualité des dossiers, le Canton de Berne exige des associations certifiées ZEWO, labellisées par le Réseau évangélique suisse ou bénéficiant d’un financement de la DDC. Dans le Jura bernois, où ces critères sont rarement réunis et ne nous avaient permis de statuer qu’à une seule reprise, nous avons ajouté le fait d’avoir été sélectionné par la FICD.
Quelle est votre vision du rôle de la FICD ? et plus généralement de l’aide au développement ?
FB : Nous attendons de la FICD qu’elle désigne les projets sélectionnables pour un soutien et ceux qui doivent être rejetés. Mais par-delà ce rôle technico-administratif, elle a surtout un rôle éducatif : fédérer les associations et leur permettre d’échanger leurs bonnes pratiques. Grâce à sa socio-culture reposant sur un grand engagement bénévole, le Jura bernois peut jouer un grand rôle dans le petit, c’est-à-dire qu’il apporte sa contribution grâce à des initiatives modestes, mais dont les effets peuvent être inversément proportionnels aux moyens engagés.
De quelle manière se déroule le traitement d’une demande de financement d’un projet transmis par la FICD ?
FB : Toutes les demandes sont examinées par notre section compétente pour les Fonds de loterie, puis elles sont soumises au plénum. Les demandes inférieures à 20’000 francs sont de la compétence du CJB et peuvent être traitées à n’importe quel moment de l’année. Si le montant est supérieur, la compétence revient au Conseil-exécutif qui statue sur la base d’une recommandation du CJB. Dans ce cas, les demandes doivent impérativement être remises avant la fin février, car le Conseil-exécutif rend une décision collective unique chaque année.

