La FICD, vingt ans au service de l’aide au développement

Par Bruce Rennes, Chargé de projets de la FICD – www.ficd.ch

HISTORIQUELe 27 juin 1994, une Assemblée constitutive lançait le processus de création de la Fédération jurassienne de coopération au développement (FJCD). Elle était la troisième Fédération cantonale à être créée, précédée de 28 ans par sa grande sœur genevoise et de cinq ans par la Fédération vaudoise. Sept associations jurassiennes assistaient à l’assemblée.

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À l’origine, la création de la FJCD « découle clairement de la volonté d’obtenir, pour les ONG de l’époque, un soutien financier de la part de la République et Canton du Jura (RCJU) », résume le président Gabriel Nusbaumer. Face au refus du Canton d’entrer en matière sur le financement des projets de plusieurs Organisations Non Gouvernementales (ONG), quelques-unes d’entre elles décident de se regrouper. Ce projet est initié par l’association Coup d’Pouce Les Bois. Une première séance d’information rassemble les organisations jurassiennes de coopération et d’aide au développement, avant l’Assemblée constitutive du 27 juin 1994.

Le premier comité, le 31 août 1994, fixe les priorités de la FJCD : « sa reconnaissance et sa légitimité auprès des associations qui feront appel à elle, des communes, du Canton et de la Direction du Développement et de la Coopération (DDC). » Un premier programme d’activités est élaboré. Il vise à établir des contacts avec le chef du Service cantonal de la coopération, préparer une rencontre avec le ministre de la coopération, diffuser une circulaire de présentation à toutes les communes du Jura et à la DDC, organiser une conférence de presse et proposer la nouvelle Fédération comme centre de compétences pour l’évaluation des projets.

Le comité du 24 novembre 1994 définit deux notions essentielles pour la suite des activités de la Fédération : « l’aide humanitaire est une aide d’urgence qui découle d’une catastrophe naturelle, une guerre civile… La coopération au développement est une aide durable qui tient compte du mode de vie et de la culture du peuple aidé… L’aide humanitaire verra d’abord des individus alors que la coopération au développement verra des peuples… ».

Daniel Hubleur, président de Coup d’Pouce Les Bois et député, interpelle le Parlement de la RCJU le 25 octobre 1995 : « Devons-nous réaliser nous-mêmes des projets ou devons-nous participer financièrement à des projets que des ONG réalisent ? Ou, en d’autres termes : le Canton du Jura doit-il être chef d’un projet humanitaire ? On ne s’improvise pas spécialiste en matière d’aide humanitaire ou d’aide au développement. Des ONG existent et ont, elles, l’habitude de mettre sur pied, de réaliser et surtout de suivre des projets à long terme… ». Cette intervention et les différentes rencontres avec les instances politiques ne parviennent pas à infléchir la position de la RCJU qui ne souhaite pas octroyer d’aides aux ONG. Elle gère son propre projet de coopération au Cameroun depuis 1991. Certains députés craignent une diminution, voire une suppression, des fonds alloués à l’aide au développement si le Canton ne possède plus son propre projet.

Premier projet : les jumelages entre les hôpitaux jurassiens et africains

Malgré ces difficultés, quelques résultats tangibles apparaissent. Dans le cadre de leurs jumelages avec les hôpitaux de Tanguiéta (Bénin) et d’Afagnan (Togo), les hôpitaux de Porrentruy et Delémont accueillent trois assistants médecins africains. Une partie de leur salaire leur est versée directement. Le solde est placé sur un compte destiné au financement de leurs études. La FJCD obtient la gestion des comptes des bourses de formation des médecins.

En 1997, il apparaît que rassembler les organisations pour rechercher des fonds publics n’est pas une activité suffisante. « On ne pouvait pas vivre uniquement sur ces principes-là », explique Gabriel Nusbaumer. De nouveaux buts sont établis, les Statuts et la Déclaration de principes sont modifiés. Le comité ajoute les missions suivantes : «rassembler les organisations, sensibiliser le grand public et entretenir les réseaux».Ce sont ces mêmes axes qui définissent encore aujourd’hui la Déclaration de principes de la Fédération. Le nom de l’organisation est également modifié, et devient « Fédération jurassienne de coopération et de développement », afin de s’ouvrir aux associations qui œuvrent dans la solidarité au Nord et ne pouvaient, jusque-là, se reconnaître comme partie prenante.

La période 1997-1998 est chargée pour le comité de la FJCD : organisation de conférences, rencontres, intensification de la présence de la Fédération dans les médias, réalisation d’une plaquette et définition de la politique de la Fédération. Des projets menés tambour battant qui visent à offrir davantage de visibilité et de reconnaissance à la FJCD. Le dernier comité de l’année 1998 évoque la mise en place d’un programme de formation pour améliorer la qualité de fonctionnement des associations membres de la Fédération.

Les premiers pas vers une Fête de la Solidarité

Une fête de la coopération est évoquée pour la première fois en 1996. Le comité constate toutefois un manque de ressources humaines pour organiser un tel événement. Les 3 et 4 septembre 1999, la FJCD est invitée à une fête de la solidarité organisée par la Fédération vaudoise de coopération (FEDEVACO), à Morges. Le programme est copieux : débats publics, concerts, films, manifestations pour enfants, vente de produits artisanaux, etc. Le comité reste sur sa faim quant à sa présence le jour de la fête. Toutefois, cette expérience ancre définitivement dans les esprits l’idée d’organiser une fête de la solidarité jurassienne.

L’idée se concrétise quelques mois plus tard. En 2001, en partenariat avec le Collège de Delémont, la FJCD organise la première Fête de la Solidarité, parfois nommée dans les comptes rendus « La solidarité en fête » [lire « une fête pour relancer la Fédération »].

Le succès rencontré par la première édition de la Fête de la Solidarité jurassienne marque le début d’une reconnaissance de la Fédération par les instances politiques, les médias et le grand public. Le plan stratégique 2003 fixe comme objectif l’organisation d’une Fête de la Solidarité biennale.

Les prémices d’une Fédération interjurassienne

Le 17 avril 2002, le comité pose les bases d’une réflexion interjurassienne : « la FJCD doit-elle s’étendre jusqu’à Moutier ? » La réponse à cette question s’accélère en 2004, lorsque l’association Amitiés Burundi-Suisse demande son adhésion à la Fédération. Une requête qui implique une modification des statuts puisque ces derniers précisent : « … peut devenir membre de la FJCD toute organisation… ayant son siège ou au moins une section active dans le Canton du Jura…» La décision est prise de modifier cet article et de le soumettre à l’Assemblée générale du 27 janvier 2005, qui le validera.

Pendant ce laps de temps, l’obtention de la gestion d’un fonds de projets confié par la RCJU marque le pas. Seulement six parlementaires prennent position pour qu’une partie de l’argent octroyé par le Canton pour l’entraide soit confiée aux ONG. Toutefois, quelques portes s’ouvrent du côté de la confédération. En effet, la DDC évoque la possibilité de déléguer l’octroi des aides, plus particulièrement pour les petits projets. Cette ouverture fait écho à la volonté du comité d’engager un-e secrétaire. Une étape importante qui implique la préparation d’un budget de fonctionnement pour obtenir un soutien de la DDC.

Les débuts de la coordinatrice

En 2003, le comité rédige un cahier des charges pour la mise au concours d’un poste de coordinateur-coordinatrice Le taux est fixé à 15 % auquel s’ajoute une large part de bénévolat. Parallèlement à cette démarche, la FJCD obtient un premier financement de la DDC, un soutien de 10’000 francs par an sur trois ans. Une démarche suivie par le Canton du Jura qui accorde également un soutien institutionnel à la Fédération, pour les mêmes montants. Le comité du 18 novembre 2003 (un seul point à l’ordre du jour) nomme Isabelle Boegli coordinatrice de la FJCD. Les tâches ne manquent pas pour la nouvelle coordinatrice. Le comité du 17 décembre 2003 fixe les priorités du programme de travail : créer un site Internet, actualiser la brochure, accentuer la présence dans les écoles et organiser la Fête de la Solidarité en 2005.

Cette professionnalisation donne un coup de fouet au développement des activités de la Fédération. Deux projets sont soumis aux experts de la FJCD pour obtenir une contribution de la DDC, via son « fonds de contribution à des projets individuels menés par des ONG suisses dans le domaine de la coopération au développement dans les pays du Sud », celui de Jura-Afrique et celui d’Handicap Solidaire. Les actions menées (Fête de la Solidarité, conférences, soumission de projets, Éducation à la Citoyenneté Solidaire) aboutissent progressivement à des résultats significatifs, avec notamment la mise en place successive d’une Commission technique pour l’examen des projets, le recrutement d’un chargé de communication et d’un nouveau trésorier. À l’aune des quinze ans de la FJCD, la gestion d’un fonds de projets est plus que jamais d’actualité.

Vers le fonds de projets

L’année 2009 est à marquer d’une pierre blanche : la DDC accorde 20’800 francs à la FJCD pour la constitution d’un fonds de projets. Cette confiance des instances fédérales se propage aux instances cantonales. Les Cantons de Berne et du Jura emboîtent le pas de la confédération et participent au financement de plusieurs projets d’associations membres de la Fédération. Afin de coller à la nouvelle réalité l’Assemblée générale du 10 mars 2010 adopte un changement important des statuts de la Fédération : une nouvelle modification du nom de l’organisation. La Fédération interjurassienne de coopération et de développement (FICD) est née. Un nouveau logo est présenté devant les représentants des membres, de la presse et des bailleurs de l’organisation.

Dès lors, ces derniers changements donnent à la Fédération sa configuration actuelle. Fin 2013, l’organisation se renforce avec la création d’une Commission d’information et d’une Commission de suivi financier, des apports nécessaires pour assurer la mission de la FICD, consolider les prestations offertes à ses membres et renforcer la qualité des projets soutenus. Le chemin parcouru durant ces vingt ans est immense. Loin de se décourager, les différents acteurs de la Fédération se sont accrochés. Anciens et nouveaux intervenants, répartis dans les différentes instances de la FICD, poursuivent ensemble le combat visant à réduire les inégalités et la pauvreté. Cette lutte passe aujourd’hui par une optimisation de la gouvernance de la FICD, un point essentiel du plan stratégique 2013-2016, basé sur les acquis du passé, et qui fixe les objectifs futurs de la FICD pour marquer une nouvelle étape du développement de votre Fédération.