E-changer et Changer

Propos recueillis par Anne-Christine Horton, chargée de projets FICD – www.e-changer.ch

Depuis 18 mois, Jonas Crevoisier de Lajoux, a pris le risque de l’échange en s’exilant à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso. A mi-parcours de son contrat de 3 ans, il a passé six semaines à La Courtine. La FICD a recueilli ses impressions.

L’échange comme style de vie

A Ouaga, le djoulais rejoint l’agence CORADE, partenaire d’E-changer. Il devient chargé du projet de mise en réseau des paysans, formés dans le cadre du programme Tylay (http://www.corade.org/index.php/programmes/tylay). Sa vie s’organise entre le bureau et le quartier où il vit.

Au bureau, les échanges avec ses sept collègues sociologues, agronomes, économistes, formateurs, lui offrent une porte d’entrée pour comprendre la culture locale et l’environnement dans lequel il évolue. A la « maison », il retrouve ses colocs, expatriés comme lui, qui vivent tour à tour les joies et les frustrations de leur vie au soleil. Avec son contrat de trois ans, il acquiert rapidement le statut de vieux sage, les autres restant une moyenne de trois à six mois.

Au quartier, Jonas n’est plus un étranger. Ses voisins le connaissent bien et les échanges se font naturellement, en français ou en moré, langue véhiculaire du Burkina Faso. Quand on lui demande qui sont ses amis, il répond sans hésiter « un mix de burkinabés et d’expats, je ne vois plus la différence, on est ensemble ».

Sur le terrain, l’échange avant tout

Monter une plateforme Internet pour des paysans burkinabés tient de l’équilibrisme. Beaucoup ne savent pas lire, encore moins utiliser un ordinateur. Le système repose sur une septantaine de facilitateurs Tylay qui assurent le relais entre les groupes de paysans et la plateforme. Ce sont eux qui vont au cybercafé, y téléchargent les informations et les transmettent aux 700 cultivateurs concernés. Impossible de téléguider une telle manœuvre à partir d’un bureau à Ouaga. Les visites de terrain, la rencontre, l’échange, la confrontation avec la réalité villageoise font donc aussi partie du cahier des charges de Jonas Crevoisier qui dit beaucoup aimer ce volet de son travail.

Dès le mois de juin 2013, il devra organiser l’ouverture d’un télécentre pilote situé à 70 km de la capitale. Outre un cybercafé, le nouveau centre comprendra une bibliothèque et un espace pour visionner des films éducatifs.

La piste d’un service d’alerte via les téléphones portables reste d’actualité. Toutefois, les coûts élevés demandés par les opérateurs limitent encore le développement de ce projet.

L’échange : une utopie ?

Entre l’idéal du volontaire fraîchement débarqué et la réalité, l’échange n’a pas toujours la même signification. Jonas Crevoisier est frappé par le nombre d’ONG présentes à Ouaga. Rapidement, il découvre que beaucoup font presque la même chose, mais sans chercher à se connaître ou à créer des réseaux. Si la diversité est une richesse, la dispersion appauvrit. Il reste beaucoup à faire pour que l’échange et la reconnaissance mutuelle des partenaires renforcent les actions de développement plutôt que de les mettre en péril. Un défi qui dépasse largement le cadre de son mandat.

Echanger pour rester en lien

Avant de partir, les volontaires E-changer doivent se constituer un groupe de soutien. Une sorte de passerelle entre ici et là-bas. Une exigence qui oblige à la communication.

Trois à quatre fois par année, 250 destinataires suivent Jonas au Burkina par sa lettre de nouvelles. Tous étaient conviés à la Fête du 4 mai à Lajoux où de nombreuses réjouissances et une présentation du projet étaient au programme. Une belle réussite qui a rassemblé près de 400 personnes.

Changer ?

Sans aucun doute. Mais surtout en acceptant que l’on ne change ni le monde ni l’autre si l’on n’est pas d’abord prêt à changer soi-même et à échanger dans l’écoute et le respect les uns des autres.