Le libre-échange remplacerait-il l’aide au développement ?

Le libre-échange remplacerait-il l’aide au développement ?

Par Gabriel Nusbaumer, président de la FICD

Un ami de la FICD nous a interpellés au sujet d’une prise de positon parue dans le « Journal des arts et métiers d’août 2011 ». Dans son article intitulé « Le libre-échange comme solution », le directeur du Liberales Institut à Zurich, M. Pierre Bessard, établit un lien entre l’aide au développement et le progrès. Il écrit que la première, entre autres, entrave le second. La place nous manque ici pour lui dire combien il a tort.

L’Organisation mondiale du commerce (OMC), dont le but est de promouvoir la libéralisation des échanges, adopte une position nuancée vis-à-vis de la thèse de M. Bessard. Ce qui discrédite le raisonnement de M. Bessard et révèle son caractère politique tient dans le fait qu’en Suisse, en particulier, l’agriculture contrevient au libre-échange puisqu’elle fait l’objet de mesure de protection étatique.

Cela ne le dérange pas, apparemment. Et pourquoi cela le dérangerait-il puisque, dans le rapport des forces qui préside aux accords de libre-échange, les pays pauvres n’ont pratiquement que leur production agricole à offrir, sans toutefois avoir les moyens de la subventionner.

Comment dans ces conditions rivaliser avec les partisans du « libre-échange » du Nord qui, eux, soutiennent leur agriculture. Ce faisant, ils limitent l’importation de produits agricoles, le coton par exemple, en provenance des pays en développement et, à l’occasion, ils inondent les pays pauvres de produits bon marché, du poulet congelé, par exemple. Les premiers mettent à mal la souveraineté alimentaire des seconds ! Le libre-échange s’apparente à une « économie de la rapacité » pour reprendre les termes de Francisco Van der Hoff, auteur du Manifeste des pauvres(1).

(On lira avec intérêt le journal des Magasins du Monde « exaequo » no 35 du mois de septembre 2011 qui porte justement sur le libre-échange et se demandant à qui il profite).

(1)Francisco Van des Hoff, Le Manifeste des pauvres, Ed. Encre d’Orient, 2010, 78 p.