Stéphane Hessel et le développement
Par Gabriel Nusbaumer – Président de la FICD
Stéphane Hessel marque le temps présent en invitant ses contemporains à s’indigner et à s’engager (1). Il a travaillé pour l’ONU à l’élaboration de la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée le 10 décembre 1948. Il a milité contre le nazisme au sein de la résistance française. Deux activités qui ont guidé sa vie et dont il se souvient à l’aube de ses 94 ans.
Dans les entretiens qu’il a accordés à Gilles Vanderpooten, il donne sa conception du développement. Selon Hessel, le mot « développement » est à prendre avec précaution. Réfutant l’idée d’une imposition, aux peuples qui n’en disposeraient pas encore, des moyens de production et d’exploitation des ressources que les pays industrialisés utilisent, il enrichit le concept de considérations culturelles. Sa conviction est que les pays les moins avancés doivent être protégés des ravages que cause l’économie commerciale mondiale. Le développement est pour lui la mise en oeuvre des bases de toute évolution que sont la scolarisation, l’alphabétisation, la santé, la production la plus proche du sol, donc de l’agriculture, donc la protection des ressources propres.
Si Hessel voit un réel progrès dans certaines régions du globe, l’aide accordée par les pays riches est insuffisante. Ces derniers n’ont pas tenu leur engagement à ses yeux. Dès lors, il préconise aux jeunes des pays industrialisés d’agir pour le développement en coopération avec les jeunesses des pays pauvres. Plutôt que de parler de « développement durable » – qu’est-ce que la durée ? –, il préfère la notion de développement soutenable, plus parlante à ses yeux. Un effort soutenu est un travail qui est constant, régulier. Les Anglais disent « sustainable development ».
Stéphane Hessel réaffirme que notre enrichissement doit être essentiellement culturel, spirituel, éthique, plutôt que purement quantitatif. Le quantitatif est étroitement lié à l’accroissement de la quantité d’énergie utilisée…
J’ai eu l’impression que Stéphane Hessel a succombé à un effet de mode en citant l’ « agroécologie » pour définir une agriculture « soucieuse de l’environnement et de l’alimentation » et en faire la panacée du développement. A mon sens, c’est l’augmentation du nombre d’agriculteurs qui permettra de nourrir les 10 milliards d’êtres humains qui vivront sur terre. Lutter contre la faim dans le monde, c’est aussi rendre la profession d’agriculteur attrayante en payant au paysan le juste prix de sa production. Le développement est une notion qui mérite d’être constamment réfléchie et enrichie.
—————————————-
(1) Stéphane Hessel vient de publier deux ouvrages « Engagez-vous »,
entretiens avec Gilles Vanderpooten, Ed. L’aube, 2011, 93 p, et « Indignez-
vous », Indigène éditions, 2011, 29 p.