À lire, à voir, à écouter : Dadji – Le Livre

Dadji raconte le périple d’Élodie Arrault qui a entrepris une épopée d’environ 8000 kilomètres. À vélo, à pied avec des dromadaires ou en bus, elle rencontre les acteurs du projet le plus ambitieux d’Afrique contre la désertification : la Grande muraille verte. Joël Alessandra a publié une bande dessinée de cette aventure. De son côté, Hervé Depardieu, le compagnon d’Élodie, a sorti un livre dans lequel il décrypte les enjeux de cette grande initiative et ses impacts sur la coopération au développement.

Lorsqu’Elodie Arrault a tracé les premières lignes de son parcours visant à suivre les initiatives existantes le long de la Grande Muraille verte, elle a débuté ses démarches en contactant par messagerie instantanée Hervé Depardieu. Ce Français, installé au Mali depuis de nombreuses années, est le propriétaire d’un campement écotouristique proche de Bamako, construit au début des années 2000. Au départ, il a pensé à une blague puisque cela faisait bien une dizaine d’années qu’il n’avait pas eu de contact avec des voyageuses ou des voyageurs transsahariens. S’ensuit une longue correspondance entre eux et finalement un périple durant lequel Hervé a accompagné Élodie sur de larges portions du parcours.

De cette aventure, Élodie Arrault a publié une bande dessinée, réalisée en collaboration avec l’aquarelliste Joël Alessandra. Tout au long du voyage, Hervé Depardieu a pris ses propres notes et les a regroupées dans un récit dans lequel se mêlent assez efficacement sa longue expérience de l’Afrique, son expérience d’entrepreneur et un regard acéré sur les effets et les conséquences de la colonisation, ainsi que sur la coopération au développement française.

Tout au long du voyage, l’auteur observe et tâche de décrypter ce qui transforme un projet en échec ou en succès, égratignant au passage les fonctionnaires des ambassades qui alimentent les sites de Conseils au voyage de manière très restrictive, classant indûment certains pays en zone rouge. Vu de Bamako, Hervé Depardieu trouve que ces risques sont souvent grossis et que les meilleures informations sont celles obtenues de la part des gendarmes locaux.

Élodie et Hervé visitent de nombreux projets et constatent que de nombreuses portions du parcours sont exemptes d’initiatives, alors que les idées foisonnent. Le voyageur cite en exemple un projet de fixation des sols par des figuiers de barbarie à Randa, à Djibouti : « Il sert de clôture naturelle et de nourriture pour les chèvres. C’était une solution parmi d’autres pour faire revenir les monts Goba. L’éleveur qui nous montra son projet propose d’en planter des millions et attend des financements. » Constat amer, « la muraille verte demande à voir le jour, mais pas sans financement ! ».

Dadji, version livre, est donc un document complémentaire à la BD. Il offre une forme de recul bienvenu sur le périple d’Élodie Arrault en s’intéressant aussi bien aux contraintes administratives qu’à certaines collusions avec le monde moderne et le développement effréné de la vie urbaine qui, loin de participer à la lutte contre la crise climatique, ne font qu’accentuer la catastrophe écologique en cours.


Bruce Rennes ● Chargé de projets FICD, 31 octobre 2025