Les Oiseaux de papier

Kolbar, voici un mot bien étrange, sans équivalent en français, pour désigner ces kurdes qui, poussés par la misère, transportent illégalement des marchandises entre l’Irak et l’Iran. Avec Les Oiseaux de papier, Mana Neyestani nous conte l’histoire de ces hommes qui sillonnent les montagnes du Kurdistan, au péril de leur vie, avec des charges de parfois 50 kilos sur le dos.

À la fin des années 2010 dans un petit village proche de la ville de Baneh, au Kurdistan iranien, un groupe d’hommes se prépare à traverser illégalement la frontière pour rejoindre l’Irak. Leur objectif ? Retrouver un commerçant qui leur confiera de lourds colis à ramener en Iran. Parmi ces hommes, on retrouve Jalal. Il est ingénieur, mais le chômage et la misère le conduisent à pratiquer cette activité illégale. C’est un kolbar. Jalal est amoureux de Rojan. Cette dernière est promise par son père à un vieux marchand, Hossein, celui-là même qui recrute les passeurs qui achemineront les marchandises entre les deux pays. Toutefois, le couple cherche à s’affranchir des traditions familiales. Alors, la jeune femme tisse des tapis afin de gagner l’argent nécessaire pour fuir à Téhéran en compagnie de son amoureux qui, lui, s’apprête à effectuer pour la première fois le périlleux trajet à travers les montagnes du Kurdistan.Saisissant l’essence d’une Afrique souvent mal comprise et frappée de stéréotypes, le récit de Kapuściński oscille entre une dimension profondément personnelle et une analyse marquée par la politique. Ses observations aiguisées et sa narration empreinte d’empathie plongent le lecteur au cœur de l’Afrique, où le quotidien se mêle aux héritages historiques et où l’esprit humain lutte face à d’immenses défis. En décrivant tant les tourments des régimes post-coloniaux que la dignité silencieuse de la vie quotidienne, la plume de Kapuściński incite à aller au-delà des apparences, offrant un regard profond sur l’Afrique dans toute sa complexité lumineuse. Ce livre devient une clé indispensable pour comprendre les multiples facettes de ce continent à la fois fascinant et mystérieux.

Le poids des “horribles monstres”

Le tapis de l’espoir

Le dessin hachuré du contestataire iranien traduit les conditions difficiles dans lesquelles évoluent ces hommes. Entre les avalanches, les tempêtes de neige et les gardes-frontières qui tirent sans sommation, les périls sont nombreux et le danger guette à chaque page du récit.

En introduction de chaque chapitre, on retrouve Rojan. Devant son métier à tisser, elle se confie aux lectrices et aux lecteurs, dévoilant quelques pans de sa vie et de sa condition de femme en Iran, soumise au patriarcat et à son père qui va la marier de force. Ainsi, au fil des chapitres, et en écho à la progression des kolbars dans la montagne, on observe l’avancée du tapis de l’espoir de la jeune femme – seul élément en couleur du récit – celui qui doit lui permettre de financer un bout du chemin vers la liberté.


Bruce Rennes ● Chargé de projets FICD, 25.01. 2025