Vous qui lisez ces lignes en savez certainement déjà beaucoup sur « Sauvages ». La sortie du nouveau de film Claude Barras, après « Ma vie de courgette » et ses multiples récompenses, ne pouvait guère passer inaperçue. Encore moins en Suisse, Claude Barras étant Valaisan.
On ne vous apprendra donc sans doute pas que « Sauvages » se déroule sur l’île de Bornéo, au cœur de la forêt tropicale. Que ses héros sont deux enfants, Kéria et son cousin Selaï. Qu’ils vont faire face aux bulldozers d’une compagnie forestière bien décidée à raser la forêt pour la remplacer par des palmiers à huile. Que, tout comme ceux de « Ma vie de courgette », les personnages de « Sauvages » sont des marionnettes animées grâce à la technique du stop-motion1.
Ce qu’on vous apprendra peut-être, c’est que Kéria et Selaï appartiennent à l’ethnie, bien réelle, des Penan, qui vivent dans la forêt pluviale de Bornéo et luttent sans relâche pour la défense de leurs droits, de leur habitat et de leur culture, menacés par une intense déforestation. Une fondation bâloise, le Bruno Manser Fonds, les appuie dans leur combat. L’un de ses employés, le Bruntrutain Baptiste Laville, par ailleurs membre du comité de la FICD, a guidé Claude Barras à Bornéo et mis son expertise de la culture penan au service du film.
Au-delà de l’histoire qu’il raconte, du parcours initiatique de Kéria qui redécouvre ses racines, au-delà de l’évasion que procure la beauté de son décor, de l’humour et de la sensibilité qui le traversent, au-delà aussi de la performance technique qu’il représente, « Sauvages » porte donc une voix, celle des Penan, et un message : nous sommes toutes et tous responsables de la préservation de la nature. Ou, comme le dit Saint-Exupéry dans la citation qui ouvre le film : « Nous n’héritons pas de la Terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants ». Emmenons-les donc voir « Sauvages », mais n’oublions pas que c’est à nous aussi que le message est adressé.
(1) Technique d’animation similaire au dessin animé, mais avec des objets : on installe la scène, on la photographie, on déplace légèrement ce qui doit l’être, on photographie… 24 images sont ainsi nécessaires pour 1 seule seconde d’animation.
Claire Jeannerat ● Présidente de la Commission d’information de la FICD
Sortie du film le 16 octobre sur les écrans romands, à l’affiche dans tous les cinémas du Jura, du Jura bernois et de Bienne francophone.
