En 1974, les Magasins du Monde de Suisse romande ont été parmi les pionniers d’un commerce plus juste, qui a pris par la suite le nom de « commerce équitable ». La notion de commerce équitable est aujourd’hui reconnue, voire légiférée, un peu partout sur la planète. Dans le Jura, les premiers magasins ont essaimé à la fin des années 70.
L’Association romande des Magasins du Monde (ASRO) est la faîtière des Magasins du Monde, spécialistes du commerce équitable en Suisse romande depuis 50 ans. Les 35 Magasins du Monde de Suisse romande proposent un assortiment de produits alimentaires et d’artisanat de qualité. Leurs fournisseurs garantissent la traçabilité des produits et assurent le suivi des groupes de petits producteurs. Ils veillent à ce que les conditions de travail et de rémunération soient équitables et dignes d’un bout à l’autre de la chaîne de production et de commercialisation.

Ce jubilé est l’occasion de revisiter les archives et de faire quelques découvertes et calculs époustouflants. Tenez-vous bien : 3 millions d’heures de bénévolat ont été effectuées depuis le début ! La campagne anniversaire sera jalonnée de plusieurs évènements et permettra de montrer à quel point la promotion du commerce équitable est encore nécessaire.
Partout dans le monde, des personnes continuent en effet d’être exploitées et des écosystèmes détruits au nom du seul profit. Pour faire changer les choses, les Magasins du Monde n’ont jamais baissé leurs exigences et souhaitent montrer que le modèle du commerce équitable fonctionne et permet de grandes avancées, dans les pays du Sud mais aussi ici, au Nord.
Pour exemplifier cela, les magasins du monde du Noirmont et de Saignelégier ont invité M. Josephat Sylvand Katabaro, de la coopérative tanzanienne de café Kagera le 17 mai passé. Outre les clients et clientes des magasins, les élèves de 3 classes d’écoles secondaires des Franches-Montagnes ont été sensibilisés sur la nécessité d’un commerce global plus juste.
Interview :
Magasins du monde (MdM) : Combien de producteurs et productrices sont membres de la Kagera coopérative union (KCU)?
Josephat Sylvand Katabaro (JSK) : La KCU est une association de 141 coopératives primaires qui représentent plus 70’000 cultivatrices et cultivateurs de café, essentiellement de la variété robusta, dans la région de Kagera au nord-ouest de la Tanzanie sur les rives du Lac Victoria. Les propriétés foncières y sont très petites : 0,6 à 0,9 hectares. Quelques-uns possèdent aussi du bétail, des chèvres et des poulets. La KCU exporte env. 4’000 tonnes par an.
MdM : Actuellement, quel est le défi majeur pour vous ?
JSK: Motiver les jeunes à se lancer dans la culture de café constitue un des défis majeurs. Pour cela, nous organisons des coupes de football lors desquelles nous faisons la promotion de notre coopérative et de ses avantages. C’est la manière de nous rendre visible en Tanzanie car malheureusement, à cause des nouvelles technologies notamment, beaucoup de jeunes tombent dans le piège de gains faciles sur internet.
MdM :Quels avantages offre votre coopérative ?
JSK: Tout d’abord les agriculteurs sont mieux payés. Le prix d’achat peut atteindre 100% de plus que le prix du café coté en bourse. Lorsque leur récolte est mauvaise, ils peuvent emprunter de l’argent auprès d’une coopérative de prêt (SACCO) qui a été financée grâce à l’argent de la prime du commerce équitable. Dans les régions où nous sommes implantés, le commerce de café par des multinationales(,) n’a donc aucune chance.
MdM : Et quels sont les autres projets qui ont pu bénéficier de cette prime?
JSK: La prime est octroyée aux membres qui investissent dans des projets socioéconomiques en fonction des besoins dans leurs régions respectives (écoles, hôpitaux, eau courante, routes et ponts, toilettes, paiement des frais de scolarité, établissement de fermes, plantations d’arbres…)
Nous finançons également les fournitures de semis et réalisons des investissements dans des écoles.
MdM :Et en terme de dérèglement climatique ?
JSK: Au fur et à mesure des années, la proportion de café produit de manière biologique augmente : nous sommes actuellement à 2500 tonnes de café certifié et continuons pour que nos membres se convertissent à l’agriculture biologique. Notre but est d’arriver à doubler la production labellisée biologique d’ici 2030. A ce moment-là, un autre défi nous attendra : produire et exporter un café climatiquement neutre.
